Il n’est guère utile ici de rappeler l’ampleur & l’horreur de l’extermination des juifs, des tziganes, des homosexuels, des démocrates, des résistants, ...Si le devoir de mémoire doit s’accomplir, l’on ne saurait faire l'impasse sur les causes, les motifs & le contenu mêmes du régime nazi & du système concentrationnaire. L’explication doit primer sur l’émotion, l’histoire doit trouver toute sa place.

L’on aura d’ici peu (pour le 8 Mai) l’occasion de revenir sur le régime de l’Allemagne des années 30 & ce qui l’a nourri (réparations de la 1ère guerre mondiale, crise économique, république de Weimar, répression anti-communiste, militarisme), aboutissant à l’arrivée au pouvoir du petit moustachu autrichien : il faut dire qu’en France, certains en rêvaient quand ils criaient « Mieux vaut Hitler que le Front Populaire »



I- Les origines du régime nazi 

Comment en est-on arrivé là ? Comment des hommes de l’Occident civilisé judéo-chrétien ont-ils pu engendrer un tel système ? Comment des hommes ‘bien-nés' (les cadres nazis étaient souvent issus de l’aristocratie), héritiers de Goethe, Schiller, Kant & Hegel (ils étaient souvent lettrés) ont-ils pu commettre ces meurtres programmés ?

Des explications ont voulu apporter des réponses diverses en fonction du regard porté sur l’Allemagne : la nation unifiée fin XIXème, le pays humilié en 1918 ou encore la patrie des grands penseurs & idéologues :

  • l’idéologie : incontestablement, le nazisme a comme fond de commerce l’affirmation de la supériorité du peuple allemand, issu d’une race germanique, les Aryens. En s’alimentant aux théories de Darwin, Gobineau ou Vacher de Lapouge, il développe une pensée qui mêle racisme & eugénisme
  • l’ethnicisme : vu de l’étranger, on a invoqué le bellicisme & le pangermanisme (la « Grande Allemagne ») ainsi que sa « volonté de puissance » (en détournant l’œuvre de Nietzsche) et s’incarnant dans la mythologie nord-européenne & le néo-paganisme (les opéras de Wagner comme hymnes nationaux)
  • la psychologie sociale : le peuple allemand, humilié par la défaite de 1918 et le prix à en payer (« réparations »), en proie à une grave crise économique & à une situation politique instable, s’est laissé tomber dans les bras d’Hitler

Mais Annah Arendt, philosophe allemande juive, couvrant le procès Eichmann, a émis l’hypothèse, qui lui a d’ailleurs valu d’être taxée … d’antisémitisme, de la « banalité du mal » : des hommes ‘normaux’, dans un contexte ‘favorable’ pouvaient devenir « des loups pour l’homme ». S’attendant à trouver un monstre cynique, elle ne vit, selon elle, qu’un homme ordinaire.



II- L’horreur promue en système

Par delà le nombre de morts (6 millions de juifs, 1 million de tziganes), le système concentrationnaire était avant tout une méthode d’extermination, « die Endlösung » (la Solution finale), à savoir la mise en place d’une organisation méticuleuse, planifiée, ‘scientifique’ d’élimination, avec sa doctrine, ses agents, ses installations & ses outils. Ainsi, les camps étaient aménagés comme des lieux de suppression d’êtres humains jugés inférieurs (juifs & tziganes), ‘inadaptables’ (homosexuels, handicapés) ou responsables de complots anti-allemands (juifs, communistes, francs-maçons) Cependant, les camps ne répondaient pas tous à la même vocation. L’on peut en distinguer 2 types :

  • les camps de concentration stricto sensu où étaient internés les prisonniers politiques & les résistants : leurs conditions de détention étaient dures mais le régime se devait de les ‘préserver’ parce qu’ils constituaient une réserve de main d’œuvre pour les entreprises allemandes participant à l’effort de guerre (nombre de prisonniers ont ainsi été éliminés car ils sabotaient leur propre travail, notamment dans les usines d’armement)

camps-2.jpg

  • les camps d’extermination où étaient envoyées pour y être tuées les populations indésirables aux yeux des nazis : quand les déportés n’étaient pas tout bonnement dirigés vers les chambres à gaz dès leur arrivée (puis leurs corps incinérés dans les crématoires), ils mourraient à la tâche d’un travail d’esclave, aggravé par les privations et les maladies.


III- L’idéologie raciste au service d’intérêts économiques

Les analystes politiques et les ouvrages de vulgarisation (cf Wikipedia) laissent entendre que les nazis étaient foncièrement opposés au système économique en place, notamment parce que les entreprises étaient aux mains des Juifs. Certes, en s’appuyant sur quelques écrits d’Hitler et de ses épigones, l’on trouve des diatribes anti-capitalistes.

Pour autant, le régime nazi fut le meilleur garant & l'agent zélé du capitalisme allemand. Loin d’être inquiétés, les capitaines d’industrie, lorsqu’ils n’étaient pas juifs, se sont accommodés d’un régime qui avait éradiqué le mouvement ouvrier et exproprié & réquisitionné les entreprises appartenant à des patrons juifs.



Le STO (envoi de travailleurs en Allemagne) ou l’implantation d’usines dans les pays conquis consistaient bien à mettre au service de l’Allemagne une main d’œuvre ‘volontaire’ favorisant l'engagement de nombreuses entreprises allemandes dans l'armement et l'économie de guerre du Troisième Reich : cette « adaptation opportuniste à un contexte économique et social transformé a été de règle, avec peu de traces de réticence et a fortiori de résistance de la part des entrepreneurs » (W.Plumpe, Les entreprises sous le nazisme : bilan intermédiaire - HES, n°24, 2005)

camps-4.jpgAllianz, Thiessen-Krupp, IG Farben, Siemens, Bosch, Volkswagen, Mercedes, Audi (Auto Union à l’époque) ont pratiqué le travail forcé : quelques 300.000 travailleurs ont ainsi engraissé ces entreprises allemandes durant la guerre !

Sans parler de l'amitié entre le patron de Dr Oetker & H. Himmler, chef des SS; ou de la famille Quandt, actionnaire principale de BMW, dont le patron a exploité 50.000 travailleurs, parfois jusqu'à la mort, tout en s'enrichissant grâce à la spoliation des Juifs !

Ainsi, les plus grosses entreprises ont fait preuve d'une collaboration économique plus ou moins active : participation à l'effort de guerre nazi, recours au travail forcé, spoliation des biens des Juifs...

Donc, « la plupart des entreprises se conformèrent, pour autant que cela soit économiquement viable, aux directives politiques de l'État nazi, qui essayait en général de récompenser la "coopération". Celle-ci ne se limitait pas à l'acceptation de commandes d'armements et à une réorientation des investissements au profit d'une production de guerre accrue. Elle comprenait également la disposition à participer - sans doute à des degrés variables - à la ‘déjudaïsation’ de l'économie allemande et à l'aryanisation d'entreprises » (W.Plumpe, op.cit.)



Quand Le Pen, lui qui a commencé ses petites affaires en produisant des disques de chant nazis, dit et redit que « les chambres à gaz sont un détail de l'histoire de la seconde guerre mondiale », il faut garder en mémoire que le "ventre est encore fécond d'où est sortie la bête immonde".

Comme il y a 70 ans, les communistes seront toujours là pour lui faire face !