Interpelés par les média, les ministres socialistes ne pouvaient que bégayer leurs arguments. Le porte-parole du gouvernement, S.Le Foll a même estimé qu’il y avait « continuité » dans le « vote protestataire qui est celui du Front national et qui a été incarné à un moment par le Parti communiste » ! A nouveau l’argument récurrent, jamais démontré, d’un basculement de l’électorat PCF vers celui du FN ! Hollande & Le Foll voudraient faire l’amalgame en mettant dans le même sac « les partis extrêmistes » qu’ils ne s’y prendraient pas autrement !

C’est pourquoi il n’est pas inutile de rappeler quelques fondamentaux historiques, économiques, sociologiques & politiques avant de revenir sur le fonds de cette saillie présidentielle.



I- Quand Hollande & consorts malmènent la réalité & les faits :

1) En effet, il s’est quand même trouvé une journaliste, Audrey Pulvar, pour rappeler que « tout de même, ils (les communistes) ont été bien utiles pour arriver au pouvoir » ! Ben oui, tiens ! Et pas qu’un peu … ! Le « Moi, Président » socialiste sait parfaitement que la période qu’il évoque est celle de l’union de la gauche, celle du Programme commun puis celle des succès électoraux, les Municipales de 1977 puis l’élection de Mitterrand et d’une majorité de Gauche en 1981, l’entrée de 4 ministres communistes au gouvernement de P.Mauroy, lesquels en sont partis en 1984 quand le « tournant de la rigueur », en fait le virage libéral, a été pris par le nouveau Premier ministre, un certain … L.Fabius. F.Hollande pointe du doigt cette période pour justifier aujourd’hui ses propres renoncements.

2) Quant au basculement de l’électorat, notamment populaire, ce n’est pas au PCF qu’en revient la responsabilité, mais bien aux choix politiques, économiques & sociaux du Président qui touchent frontalement, les chômeurs, les retraités, les employés, les ouvriers , plus généralement les petites professions intermédiaires également, mais qui épargnent les classes dirigeantes. Et parler de « vote protestataire » revient à vouloir décrédibiliser les forces politiques qui, aujourd’hui, ne s’accommodent pas de l’austérité et combattent la politique du gouvernement.

3) Certes, le FN cherche à s’implanter sur des territoires populaires, surtout ouvriers, où le vote communiste était fort. Mais si l’on prend 2 grandes régions industrielles, le Nord et la région marseillaise, l’on constate qu’elles sont aussi historiquement des terres socialistes. Plus généralement, la caractéristique déterminante de ces régions qui votaient massivement à Gauche, c’est qu’elles sont aujourd’hui durablement touchées par la désindustrialisation, avec son lot de chômage, d’échec scolaire, de précarité, …

4) Enfin, Joël Gombin, politologue, dans les Inrocks, explique qu’ « un sort a été fait à l’idée d’un parallèle entre le PCF & le FN (…) Ce parallèle n’est valide ni d’un point de vue de la géographie ou de la sociologie électorale, ni du point de vue de leurs orientations idéologiques, ni du point de vue de leur recrutement & de leurs pratiques militantes »



II- Quand le PCF n’a pas changé sur sa stratégie contrairement à certains …

1) Le FN & sa dédiabolisation : comment croire que la petite phrase présidentielle a été spontanée ? Depuis quelques mois, tout le PS confondu rivalise d’effets de langage pour, même s’il en critique les options, faire du FN un ‘interlocuteur valable’ (comme le « PCF dans les années 70 » ?) tout en dénonçant toutes les formes d’opposition à sa politique (le PCF de 2015 !). S’y ajoute la promotion récurrente du FN dans les médias qui tourne à une véritable campagne de banalisation du parti des Le Pen où, malgré le lifting de la fille sur les « détails » du père, les thèses populistes & racistes demeurent les mêmes !

2) Le PS & ses renoncements : dans cette émission où il était censé répondre aux questions de téléspectateurs qui lui faisaient part de leur désarroi, « Moi Président » a montré qu’il est en grande difficulté : sa politique sème le vent de la colère dans l’électorat qui l’a porté à l’Elysée et par sa petite phrase, il tente de concilier 3 objectifs :

* Mettre le FN au cœur du débat politique afin de l’utiliser comme un repoussoir : attirer à lui l’électorat populaire & de Gauche qui n’entend pas tomber dans les bras du FN ; jouer sur l’effet vote utile dans la perspective de 2017, ce qui s’est révélé jusqu’ici inopérant (cf les résultats des Départementales)

* Donner des gages à la Droite et au ‘Centre’ en classant le PCF dans « les extrêmes » , préparant, si la crise s’accentuait, la mise en place d’un gouvernement d’union nationale que les libéraux appellent de leurs vœux (cf les alliances : en Allemagne, le couple Schroeder-Merkel au début des années 2000 ; en Grèce, entre PASOK-Nouvelle Démocratie en 2012)

* Discréditer toute critique de Gauche de sa politique libérale (avec Macron, elle a perdu son préfixe ‘social-’), y compris dans ses propres rangs, en visant les « frondeurs », mais cette fois, en utilisant le PCF comme repoussoir.

3) Le PCF & son combat : non sans contradiction parfois, le Parti communiste demeure fidèle à ses idéaux, ses valeurs & à ses propositions. Son 'discours' des années 70 a déjà été repris, et l'est encore, par d'autres quand il s'agit de défendre l'emploi local, de (re-)nationaliser des secteurs stratégiques de l'économie (banques, industries, ...) ou de préserver les services publics.

Que le FN récupère certaines thématiques défendues par le PCF, c'est une évidence pour lui qui entend conquérir l'électorat populaire. Ce que l'on sait moins, concernant son programme économique, c'est que le parti des Le Pen propose une politique ....de Droite : sous couvert de défendre "le peuple", le FN se positionne dans la logique du capitalisme, malgré son discours anti-Union européenne & anti-mondialisation. Et puis surtout, concrètement, le FN n'est jamais là où il prétend être, à savoir à côté des salariés qui subissent licenciements et précarité, des retraités qui voient leurs pensions réduites, et, pis encore, des populations qui subissent les discriminations,

Par contre, le PCF, lui, ne s'est jamais détourné de ses options : la lutte contre le capital & la défense de ceux qui en subissent les attaques. Avant-hier, seul encore à porter l'alternative à Gauche; hier, à l'initiative du Front de Gauche & moteur de la candidature de J-L.Mélenchon, il est aujourd'hui rejoint par une partie des Verts et par les "frondeurs" dans son analyse de la crise, son combat contre l'austérité et sa volonté d'ouvrir un nouvel espoir à Gauche.

Gageons que ceux qui souhaitent travailler avec nous sachent prendre bien vite leurs responsabilités, il en va d'une alternative crédible que des millions de Français attendent depuis 2012 !