I- LE « MAILLON FAIBLE » ...LE PLUS FORT !

L’Europe entend faire la leçon aux Grecs : des allusions plus que flagrantes, depuis des semaines, au risque de représailles financières s’ils ne votaient pas dans le sens voulu par Bruxelles à la saillie du leader de la Droite allemande, les pro-européens et autres eurocrates ne se satisfont de la démocratie que lorsqu’elle correspond à leurs choix.

Tsipras.1.jpg D’où l'esprit de responsabilité des Grecs de ne pas s’en être laissé compter et d’avoir refusé d’écouter les docteurs Diafoirus affairés à leur chevet.

C’est sans doute aussi que, malgré les menaces, les Grecs étaient à bout de forces et d’illusions à force, depuis trente ans, d'élire les mêmes qui les ont pressurés. Explications

*La situation de la Grèce et des Grecs :

Ce pays est ravagé par quatre années de régime sec dicté au nom du redressement économique. Or, les résultats, notamment sociaux, s'affichent tel un sombre bilan !

-le montant des retraites a chuté de 45%

- une grande part de population est privée de toute protection sociale

-un taux de chômage de 30 % et 50 % chez les jeunes

- la mortalité infantile a bondi de 40 %

*Comment en est-on arrivé là ?

En 2009, comme partout en Europe et au USA, la crise explose, celle dite des « subprimes » : en fait, ce phénomène, présenté comme la cause n'était que le symptôme d'un système financier à bout de souffle.

La Grèce était un maillon faible dont il fallait davantage encore enfoncer la tête sous l'eau : sa dette se montait alors à 115% de son PIB

Il fallait donc la purger d’où la cure d’austérité qui lui a été imposée, et bien qu’une part de l’ardoise ait été effacée en 2012, aujourd’hui elle représente … 175% du PIB : cherchez l’erreur!

Cette main tendue non désintéressée de l’Europe, et de l’Allemagne en particulier, n’a pas profité aux Grecs mais a servi à sauver les banques allemandes et françaises détentrices de créances sur la Grèce

*Les choix anti-austérité de Syriza

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Contrairement aux affirmations de Merkel et d’autres donneurs de leçons, Alexis Tsipras n’a jamais dit qu’il allait faire sortir la Grèce de la zone Euro.

Sans complètement révolutionner le mode de production, il entend conduire une politique keynésienne de relance en augmentant les revenus (salaires et retraites), notamment les plus faibles.

Pour l’heure, il lui faut trouver …une introuvable majorité : faute de louper à 2 représentants près, cette majorité absolue des 151 sièges, il devra composer avec une autre force, qui même faible, risque de jouer la surenchère. En effet, si l’on exclue les néo-nazis d’Aube dorée (6%) et le PASOK, compromis dans la crise, il devra se tourner, choix cornélien, soit vers les centristes, pro-européens, de To Potami (6%), soit vers les souverainistes, donc anti-européens, mais très à Droite, des Grecs indépendants (près de 5%).

A cet égard, nous communistes français ne pouvons que déplorer la décision, prise d’ores et déjà avant le scrutin, des camarades du KKE de ne pas participer au gouvernement, car avec leurs 15 sièges, ils permettraient à Tsipras de ne pas se voir menacer par une éventuelle et hétéroclite coalition anti-Syriza.

*Les craintes européennes

Si toute la classe politique est Syriza (voir le billet ci-contre), les responsables des autorités et instances de l’Union (Eurogroupe, BCE) ne s’y sont pas trompés et ont instauré un tir de barrage, expliquant qu’il est hors de question d’éponger à nouveau une partie de la dette, qu’ « il faut respecter les accords passés » et « poursuivre les réformes engagées ».!

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Mais, surtout, les mêmes craignent le risque de contagion dans les autres pays de l’Union



II-PERSPECTIVES EN GRECE & EN EUROPE

Par delà tous les satisfecit de façade de la Droite et des socio-démocrates, ce sont bien les partis des Gauches radicales qui se fécilitent de cette victoire car elle ouvre des perspectives nouvelles pour celles et ceux qui refusent les politiques d’austérité

*Tsipras, de persona non grata à héros de la GÔche !

Mais avant, comment ne pas s’interroger sur le positionnement du PS, car, sans enfoncer le clou davantage, il joue à nouveau au « résistant de la 24ème heure ».

A peine élu, en 2012, Hollande avait refusé de recevoir Tsipras, de passage en France, alors que Syriza progressait, à l’occasion de 2 élections législatives successives, de 16 à 26 % !

En décembre dernier, Moscovici déclarait, en s’ingérant dans les affaires intérieures grecques, se féliciter du travail fait ''« par les autorités grecques (la Droite au pouvoir soutenue par le PASOK-ndrl), tant d’efforts, ce serait dommage de ne pas continuer »'' (sic !).

Comment croire alors au ralliement de dernière minute & à la sincérité des paroles de dirigeants et principaux élus socialistes, lorsque les mêmes prônent et soutiennent les politiques d’austérité, « ici et maintenant », à l’exemple de Bruno Leroux, président du groupe PS à l’Assemblée nationale, qui déclare « partager des choses en commun » avec Tsipras !

Et que dire que Pervenche Bérès, la cheffe de file au Parlement européen, mettant en avant que « c’est sous la responsabilité de Liem Hoang-Ngoc » que « le Parlement européen a dénoncé les agissements de la troïka » ? Elle oublie juste de mentionner ses propres votes à Strasbourg avec la Droite européenne, voire l’extrême-Droite, et néglige de rappeler que « le camarade Liem » fait partie des « frondeurs » les plus virulents et qu’il l’a payé en n’étant pas proposé comme rééligible aux dernières européennes !

*Un symbole malgré tout

Tsipras.4_soutienFdG_.jpgPar contre, pour nous, « la Gauche de la Gauche » (il va vraiment falloir trouver un autre terme !), cette victoire est un encouragement, en souhaitant qu’elle le soit également pour ceux qui refusent l’austérité sans oser le dire ……notamment au sein même du Parti socialiste.

Du Parti du travail de Belgique à Refondation communiste (Italie), en passant par Die Linke (Allemagne) et le Sinn Féin irlandais (un récent songe le crédite de 22% d’intentions de vote), « la Gauche radicale » (pas terrible non plus, même si le terme ‘radical’ est pris au sens littéral et originel et non en référence au « Rad-Soc » des IIIème & IVème Républiques), donc les partis et organisations qui prônent une autre politique, en faveur des peuples, se réjouissent de cette victoire d’autant qu’ils ont été les seuls à soutenir Syriza.

Il convient désormais d’analyser ce résultat à l’aune de la crise grecque, certes, mais aussi u regard de la démarche de Syriza. En effet, et l’Espagne pourrait suivre un chemin similaire, comment expliquer le sursaut politique d’une population durement frappée mais qui refuse l’appel populiste et raciste de l’extrême-Droite, contrairement à ce qui se passe en France, en Allemagne ou dans les pays scandinaves ?

Tsipras.5_dessin_.jpgMais, en tout état de cause, la victoire de Syriza ne saurait être analysée que comme un encouragement à poursuivre le combat contre les ravages du capitalisme et ceux qui le soutiennent ou n'entendent que s'en accommoder !