En réponse à son éditeur italien qui lui faisait remarquer que les transalpins ne se sentaient pas concernés par la dénonciation sociale et politique des "Misérables", Hugo répondit :

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« (...) Est-ce que vous n'avez pas d'indigents ? regardez en bas. Est-ce que vous n'avez pas de parasites ? Regardez en haut. Cette balance hideuse dont les deux plateaux, paupérisme et parasitisme, se font si douloureusement équilibre, est-ce qu'elle n'oscille pas devant vous comme devant nous ?

Où est votre armée de maîtres d'école, la seule armée qu'avoue la civilisation ? Où sont vos écoles gratuites et obligatoires ? Tout le monde sait-il lire dans la patrie de Dante et de Michel-Ange ? Avez-vous fait des prytanées de vos casernes ? N'avez-vous pas, comme nous, un budget de la guerre opulent et un budget de l'enseignement dérisoire ?

(...) Faisons passer son examen à votre ordre social, prenons-le où il est tel qu'il est, voyons son flagrant délit, montrez-moi la femme et l'enfant. C'est à la quantité de protection qui entoure ces deux êtres faibles que se mesure le degré de civilisation; (...)Quelle est la quantité de vérité qui sort de vos lois et la quantité de justice qui sort de vos tribunaux»



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Depuis 30 ans, on nous rebat les oreilles sur l’abaissement des charges et du coût du travail, qu’il n’est de richesse que l’entreprise, qu’il n’est d’esprit travailleur que chez le patronat, et que, en conséquence, les dividendes n’avaient pas être partagés ! La crise, la situation de la Grèce et les propositions du Front de Gauche ont remis en cause ce beau consensus et au cœur du débat la question centrale du partage des richesses au sein des entreprises (part du facteur travail dans la valeur ajoutée) et dans la société (réduction des inégalités et réforme fiscale par le relèvement du pouvoir d’achat et la taxation des plus hauts revenus)

En 2012, malgré la victoire de la Gauche, ou peut-être à cause d’elle, les écrits de Victor Hugo sont loin d’être hors de propos.

Mais au fait, qui sont ces "Misérables" ? Au 19° siècle, on considérait les classes laborieuses comme dangereuses, facilement voleuses ou tueuses. Aujourd’hui, qui pille, détourne et s’approprie les richesses créées par ceux qui travaillent. Les "Misérables" ne sont plus ceux qu’on croit, ils siègent dans les conseils d’administration du CAC40 !