«Quand dans tant d’autres pays voisins, un débat a eu lieu sur l’opportunité d’entrer en guerre avec la Libye, ici, dans notre belle démocratie, on ne donne que quelques minutes de temps de parole à la représentation nationale pour s’exprimer. Que penser d’une telle parodie de consultation démocratique alors que notre pays est déjà entré en guerre ? Ce débat est néanmoins l’occasion pour nous d’exprimer à nouveau notre solidarité avec les peuples arabes en général, et avec le peuple libyen en particulier, mus par un souffle de libération, aussi profond que légitime.(…)

LA FRANCE S'EN VA-T-EN GUERRE

L’Elysée et ses porte-paroles, repris avec une certaine cécité par la majorité des médias, prétendent qu’il y aurait une unité de la communauté internationale pour soutenir les bombardements en Libye.(…)

Il suffit de rappeler ici la position de certaines puissances mondiales comme l’Inde, la Chine et la Russie, qui refusent de soutenir l’offensive militaire. Mais l’attitude d’autres pays est plus significative encore.

  • L’Allemagne, 1 ère puissance européenne, qui s’est abstenue sur la résolution lors du vote du Conseil de Sécurité. (…).
  • Le Brésil, 1ère puissance sud-américaine, qui s’inquiète, par la voix de son ambassadrice à l’ONU du risque d’exacerber les tensions sur le terrain au détriment des populations civiles que nous nous sommes engagés à protéger(…). Des pays de l’Amérique Latine ont fait savoir le 19 mars dernier « qu’ils rejetaient toute intervention militaire en Libye ».

(…….)



CONTRE LES PEUPLESGuerre_Libye_Peuple._2.jpg

Surtout, cette offensive militaire ne trouve pas grâce aux yeux des peuples de la région, qui rejettent la figure dictatoriale de Kadhafi, mais qui refusent également de cautionner toute nouvelle expression de l’impérialisme occidental. (…)

  • En Tunisie, la presse prononce un verdict sévère contre les bombardements aérien, craignant qu’ils plongent le Maghreb et le Moyen-Orient dans l’instabilité, (…).
  • La Turquie a également fait connaître son opposition à l’option militaire
  • L’Union Africaine a, quant à elle, réclamé la fin des opérations militaire contre le régime libyen en rappelant que la « communauté internationale » avait rejeté son offre d’envoyer une délégation de paix en Libye.

Dès lors, quel objectif vise cette fiction d’unanimité internationale ? Il s’agit de masquer la réalité politique et géopolitique de cette guerre qui n’est rien d’autre qu’une intervention occidentale menée par des ex-pays colonisateurs.

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DEUX POIDS, DEUX MESURES

Notre politique étrangère met aussi, et surtout, en évidence une politique de deux poids, deux mesures en matière de droit d’ingérence. La politique étrangère française a fait valoir le principe de non-ingérence pour justifier son silence assourdissant et son immobilisme lors du soulèvement du peuple tunisien. Une non-ingérence d’autant plus justifiée qu’il s’agissait d’une ancienne colonie Française. Mais le Gouvernement Français n’hésitait pas, dans le même temps, à proposer au dictateur Ben Ali le savoir-faire de nos forces de sécurité et à réclamer la démission de Gbagbo s’immisçant ainsi directement dans le processus électoral ivoirien.

Incohérence toujours et encore quand nous (la France) voulons être les premiers à lancer des tapis de bombes sur un pays qui ne nous a pas déclaré la guerre mais quand notre diplomatie est totalement muette face à la violente répression du mouvement populaire à Bahreïn. Ou encore face au massacre de la population civile par le régime du Président Saleh au Yémen.

Pourquoi ne réagissons-nous pas avec humanité et discernement quand l’Arabie Saoudite ou les Emirats arabes unis, pétromonarchies amies, aident le Bahreïn à écraser la révolte citoyenne ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu d’interdiction de l’espace aérien pour protéger Gaza de l’aviation israélienne ? (…)

Nous (les Communistes) sommes intransigeants sur la condamnation du régime Libyen qui réprime son peuple, et nous jugeons à cet égard légitimes les sanctions votées par l’ONU contre le régime. Contrairement à vous, nous n’avons pas changé d’avis sur l’opinion que l’on peut se faire d’un dictateur sanguinaire comme Kadhafi. Nous ne sacrifierons jamais les peuples au nom du pragmatisme !

En revanche, le discernement nous conduit à condamner les frappes militaires sur la Libye à laquelle la France participe, soutenue par la majorité des forces politiques françaises, avec un entrain qui frise l’indécence.(………)

RISQUE D'ESCALADE

Pour nous, la décision de bombarder la Libye soulève la question incontournable des risques d’engrenage et de confrontation militaire élargie, avec toutes les conséquences désastreuses que l’on connaît pour les populations civiles. La tragédie que connaît aujourd’hui le peuple irakien est encore trop présente pour ne pas nous conduire à la plus grande prudence quand le choix de la guerre est préféré aux initiatives qui privilégient des sorties de crise sans intervention militaire. Nous espérons, de toutes nos forces, que cette guerre ne conduira pas le peuple libyen à regretter, dans quelques mois, le régime de Kadhafi, comme ce fut le cas pour les Irakiens.

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La résolution 1973 prévoit (…) des mesures légitimes pour étouffer le régime libyen et protéger les populations civiles. (……..). (Des pays estiment) que la coalition excéde le mandat de l’ONU de faire respecter une zone d’exclusion aérienne. Faire respecter une zone d’exclusion aérienne n’impose pas d’avoir recours à des bombardements qui, immanquablement, feront des victimes civiles.(………)

Cela nous conduit à nous interroger sur les objectifs réels poursuivis, tant des questions essentielles restent aujourd’hui sans réponse :

  • Quelles sont les capacités de frappe de Kadhafi ?
  • Est-il envisagé à un moment d’en passer par une action juridique ou politique pour sortir de la crise ?
  • La réalité anthropologique de la Lybie a-t-elle été prise en compte avec les tous les risques d’affrontements tribaux ?
  • Les leçons du fiasco irakien ont-elles été tirées ?
  • Le pire a-t-il été envisagé ?
  • Quel est le plan dans l’hypothèse probable d’un enlisement, d’une partition du pays ?

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Trop d’incertitudes pèsent sur cette intervention militaire et ses conséquences. Le risque d’une escalade est trop grand. Et s’il y a un prix à payer dans l’avenir, il faut souhaiter que ce ne soit pas le peuple libyen qui le paie.(…..)

CHER PETROLE

Nous ne cautionnerons pas la moindre intervention qui ne viserait, comme de plus en plus de voix l’affirment au-delà de nos frontières, qu’à faire main basse sur le pétrole libyen en instrumentalisant son peuple, en passant par la scission du pays.

Les députés communistes et républicains font aujourd’hui preuve d’un grand courage politique en refusant de mêler leur voix à l’unanimisme béat et aveugle qui se rassemble autour du Président Sarkozy et l’entrée en guerre de la France. Car, comme le dit fort justement Rony Brauman, "jamais des bombardements n’ont permis d’installer la démocratie ou de pacifier un pays !"»