Désormais, le credo de Valls est le suivant : rompre avec la « Gauche passéiste ».

C’est quoi, d’abord, la Gauche passéiste ? Celle de Léon Blum, obligé, sous le Front populaire, d’accorder les 40h de travail par semaine et les 2 semaines de congés payés devant les occupations d’usines ? Celle de Jules Moch, le fusilleur des mineurs en grève ? Celle de Guy Mollet, le pacificateur de l’Algérie au fusil-mitrailleur ?



UNE GAUCHE MALADROITE

S’il s’agit de condamner les errements & renoncements de la SFIO & du PS depuis un siècle, je suis pour ! Mais est-ce bien de cela dont il s’agit dans la bouche de Valls ?

A l’évidence, Non ! Selon lui, au milieu du bouleversement des repères idéologiques, sa définition de la Gauche tend vers l’individualisme & le réalisme : « La Gauche que je porte garde un idéal : l'émancipation de chacun. Elle est pragmatique, réformiste et républicaine ». Mais apparemment pas « socialiste », le mot semblant devenu tabou.

Bref c’est le retour de l’"opportunisme" , comme on l’appelait fin 19ème, quand il fallait imposer les valeurs de la Bourgeoisie libérale, à la fois face aux forces "réactionnaires" incarnées par les monarchistes & bonapartistes de tous poils et par l’Eglise, et face à un monde ouvrier en voie d’organisation et, de ce fait, de plus en plus puissant dans sa contestation de l’ordre capitaliste.

Allemagne-pr_carit_.2.bis.jpg Pour Valls « (…) réformer un pays qui a perdu sa compétitivité prendra dix ans. (…) il faut du temps pour que la France rattrape pleinement son retard » . C’est vrai : espérons que la France mettra du temps avant d’accepter l’équivalent des Lois Hartz qui, en Allemagne, le modèle de Valls, ont reculé l’âge de départ en retraite à 67 ans, ont créé des jobs à 1€ de l’heure et d'autres à 400€ par mois ainsi que réduit les droits des chômeurs !!



VALLS PHILOSOPHE

En pleine rupture avec les frondeurs, Valls maintient coûte que coûte son cap et appelle la Gauche à couper les ponts avec son passé : il faut rompre avec « un passé révolu et nostalgique » et avec « le souvenir des Trente Glorieuses » . Selon lui, la seule question qui vaille, est la suivante : « Comment orienter la modernité pour accélérer l'émancipation des individus ? » . C’est beau comme du Finkelkraut !

Il propose donc de « bâtir une maison commune » (c’est le même terme que celui utilisé par Blum en 1920 quand la majorité du PS avait décidé de créer le Parti communiste !) de « toutes les forces progressistes (…) (car) il n'y a rien de pire que le sectarisme au nom d'une prétendue pureté » : certes, mais quelles « forces progressistes » ? S’il s’agit de convier le Modem de Bayrou, l’UDI (ou ce qu’il en reste) d’Hervé Morin, voire la frange la moins réac’ de l’UMP, très peu pour moi !

Valls___Macron_1.png Pour conclure, que dire d’autre que Valls est devenu, d’une certaine manière, avec Macron, l’âme damnée de Hollande. Pour plagier le titre d’un film-culte de Woody Allen, Valls à Matignon, c’est, pour l’hôte de l’Elysée, l’occasion de nous raconter « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le libéralisme sans jamais oser le demander (quand vous êtes de Gauche) » !