I-Quand un philosophe blanc rencontre le leader puis le président noir

Jacques Derrida, grand philosophe, a consacré plusieurs livres à Mandela, dont le dernier, De quoi demain, date de 2001 : « Admiration de Mandela comme on dirait la passion de Nelson Mandela, celle qu’il inspire et celle qu’il ressent (…) Il m’apparaît comme l’une des grandes figures de la modernité. Il est l’héritier de la pensée occidentale, qu’il a retournée contre les oppresseurs, d’abord en fondant le premier cabinet d’avocats noirs de Johannesburg, puis en devenant l’un des principaux responsables de l’ANC, et enfin en passant plus de vingt-sept ans en prison sans devenir fou ».

Derrida soulignait aussi l’homme qui avait été capable de « pardonner l’impardonnable ».

Mais le philosophe faisait aussi montre de clairvoyance : « Mandela a pensé que le corps de la nation sud-africaine ne pourrait survivre qu’à la condition de l’amnistie (…) Jusqu’ici, Mandela a réussi à sauver la société sud-africaine du désastre imminent (...) Mandela s’est retiré et l’Afrique de Sud traverse de fortes turbulences. Les problèmes les plus graves ne sont pas réglés . (…) La pauvreté, l’insécurité, les inégalités, le fossé qui demeure entre les Noirs et les Blancs, voilà autant de signes inquiétants ». Rédigées il y a plus de dix ans, ces lignes était d'une rare prémonition car elles sont aujourd'hui d’une brûlante actualité.

En 1983, Derrida écrivait déjà : « Apartheid : que cela reste le nom désormais, l’unique appellation au monde pour le dernier des racismes » (Autres livres de Derrida sur Mandela : Le dernier mot du racisme (1983), Admiration de Nelson Mandela (1986)



II-Quand le président noir était l’ancien « plus vieux prisonnier politique du monde »

MANDELA.4_Free_NM_.jpgEn passant sur les années 60 (Mandela fut emprisonné en 1962) & 70, combien, individus, « intellectuels » bien pensants, associations de défense des Droits de l’Homme et partis politiques, se sont mobilisés pour faire libérer Mandela en demandant le boycott des produits sud-africains ou en demandant aux rugbymen français d’annuler une tournée aux antipodes ?

Dans les années 80 & jusqu’à sa libération en 1990, Mandela était loin de soulever cette vague de sympathie & d’admiration dont il fait aujourd’hui l’objet de la part des journalistes et des politiques. Mieux, cette vague d’hommages apparaît d’autant plus suspecte que (souvent) les mêmes étaient déjà, soit dans les média, soit aux affaires, quand Mandela était inconnu, du moins du grand public.

Les politiques qui se réclamaient de la Gauche, au pouvoir sous Mitterrand, qu’ils soient ministres (Fabius surtout, Premier Ministre de 1984 à 1986) ou conseillers (Attali, Védrine, Guigou, et surtout un certain Hollande), ont fait la sourde oreille. Quand aux « jeunes philosophes » des années 70, les aujourd’hui les très réacs B-H Lévy, A.Finkelkraut & A.Gluksman, ils étaient bien trop occupés à dénoncer l’URSS !

Tout cela pour dire que la préoccupation « droitsdel’hommiste » de l’époque n’était pas tournée vers l’Afrique du Sud, pays riche en or, diamants et autres richesses souterraines, donc pays qu’il fallait traiter avec diplomatie à défaut d’en épouser les options racistes !

Je me souviens d’un sondage de L’Humanité, bidonné à dessein, sur les Droits de l’Homme & où le journal demandait aux personnes interrogées si elles souhaitaient la libération de tel ou tel prisonnier politique : ces personnes se prononçaient pour la libération d’un certain X….ev/ov, dont le nom à consonance d’Europe de l’Est ne laissait aucun doute sur sa détention dans un goulag …. alors que ce nom était une pure invention ; en revanche, quasiment toutes disaient ignorer qui était Nelson Mandela : nous étions à la fin des années 80, période de déferlement anticommuniste mais aussi peu de temps avant la libération de Madiba !

En France, nul autre parti politique que le Parti communiste n’a œuvré à la libération de Mandela, à travers les opérations de boycott des produits agricoles (oranges Outspan), l’inauguration de rues, places, ponts et autres maisons de quartier Nelson-Mandela, les motions & vœux dans les conseils municipaux, jusqu’à l’occupation de l’ambassade d’Afrique du Sud !

Mandela___education_arme_plus_puissante_pour_changer_le_monde__.jpg ADIEU MADIBA, AU REVOIR MANDELA, TON COMBAT RESTE NOTRE LIGNE DE CONDUITE