Tsipras.Victoire.20Sept.3.jpgAlors que tout fut mis en oeuvre pour dissuader les grecs d’apporter leurs suffrages à Tsipras avec force slogans revanchards et campagnes de dénigrement (merci les média privés au service de la Droite !), c’est une victoire sans bavure pour Syriza qui l’emporte avec 35,5% des voix, loin devant la Droite (28%), le PASOK (socialiste) étant encore une fois laminé (6%). N’était l’arrivée d’une inconnue Union centriste (4%), le paysage électoral est semblable à celui des élections de janvier, malgré le renforcement de la crise et le déchaînement anti-Tsipras en Grèce & en Europe.

À côté de ce succès de Syriza, deux faits doivent être notés :

  • l’abstention a progressé, passant de 37% à 45%, soit 700.000 électeurs en moins, notamment parmi les jeunes
  • l’Unité populaire, constituée de dissidents de Syriza, n’a pas réussi son pari, son score (moins de 3%) ne lui permettant pas d’entrer à la Vouli, malgré Zoé Konstantopoulou, la précédente & charismatique présidente du Parlement

En tout cas, les forces anti-austérité, voire anti-capitalistes restent majoritaires (relativement) puisque l’on peut ajouter aux 35,5% de Syriza quelques 10%, notamment les 5,5% du KKE (communiste).



QUI RIT JAUNE ?

Si nous espérions cette victoire, elle n’allait pas de soi. Exaspérés par 6 années de crise profonde, avec un chômage endémique, la pauvreté qui progresse, une crise gouvernementale alimentée par les requins libéraux et leurs affidés, il était à craindre que les Grecs ne redonnent le pouvoir à ceux qui les ont mis dans la m...., à savoir la Droite & le PASOK, au motif que ceux-ci sont bien en cour à Bruxelles, Luxembourg, Berlin & Paris.

Pourtant, à nouveau c’est le bal des faux-culs qu’on nous présente : ceux qui, il y a encore 2 mois, enfonçait la tête de Tsipras sous l’eau, quand il ne voulait pas carrément la lui couper, ne tarissent pas d’éloge, tout comme en janvier dernier ils étaient tous Tsipras !

Ainsi, « Moi Président ... » voit dans sa victoire « un message pour la Gauche européenne », et affirme qu’elle doit « affirm(er) ses valeurs de principes, le progrès, la croissance ... » ; quant à Martin Schultz, le président du Parlement européen, ‘rose pâle’ s’il en est, puisqu’il gouverne l’Europe avec la Droite, invite Tsipras à « rejoindre la famille sociale-démocrate ».

Quelle nouvelle volte-face du social-libéralisme ! S’amouracher de celui dont ils disaient pis que pendre hier pour mieux le récupérer aujourd’hui ! Si Alexis Tsipras était leur champion, que ne se sont-ils pas joints à lui lors du dernier meeting de campagne ! Qui était aux côtés de Tsipras vendredi à Athènes ? Pablo Iglésias de Podemos (Espagne), Ska Keller d’Alliance 90-Les Verts (Allemagne, Gregor Gysi de Die Linke (Allemagne) et Pierre Laurent du PCF. CQFD.



LA VRAIE GAUCHE

Syriza.2.jpgL’exploit de Syriza est inédit : être la première force de la Gauche alternative à remporter une élection générale en Europe, puis à être réélue ! Une victoire à mettre au compte de la détermination du gouvernement dirigé par Alexis Tsipras à se battre pour mettre en oeuvre une politique anti-austérité &, donc, à combattre les forces conservatrices, au sens de « On prend les mêmes (la Droite ou le PASOK) & on recommence ou on continue », à la manière du slogan de Giscard en 1981 : « Le changement dans la continuité » !

La tentative d’approche de la social-démocratie n’est pas neutre : bien plus que de chercher à entraîner Tsipras dans leur sillage, l'objectif des dirigeants socialistes est de disqualifier les autres forces alternatives européennes (nota : en décembre, se dérouleront les élections générales en Espagne). Comme si Tsipras, par sa signature de l’accord de juillet, avait rejoint le camp de la capitulation des PS, alors que, malgré son « réalisme », tant loué par Merkel & Hollande, il n’a jamais dévié de sa ligne de conduite et de son programme : maintien de la Grèce dans la zone Euro, relance de la croissance par l’investissement et le pouvoir d’achat, réévaluation des revenus les plus faibles (salaires, retraites), lutte contre la fraude fiscale & la corruption, ...

Si la Droite et les socio-démocrates demeurent droits dans leurs bottes qu’ils enfilent ensemble, à un point tel qu’il se mélangent les pieds (droits et gauches, évidemment), l’éventail des soutiens à Syriza ne fait que s’élargir :

  • d’abord ceux qui n’étaient pas forcément favorables d’emblée à Tsipras, les syndicats (la Confédération européenne des syndicats ou la puissante DGB allemande) et les Verts, du moins nos écolos français
  • car ceux qui dès le début ont soutenu Syriza continuent à l’épauler : le parti de Tspiras ne s’y trompe pas en leur signifiant que la meilleure façon d’ « être solidaire avec les Grecs » , c’est de bousculer les rapports de forces dans les autres pays de l’Europe

Comme le résume, un parlementaire européen de Podemos, Pablo Echenique, « ... plutôt que fuir la troïka, nous pouvons mettre en échec ses vice-rois pays par pays, et construire une nouvelle Europe. C’est ce que signifie Podemos en Espagne, Jeremy Corbin au Royaume-Uni ou Alexis Tsipras en Grèce » . Cet espoir soulevé par Syriza irrigue désormais le champ politique européen à Gauche des PS : le Sinn Fein est crédité de 16% en Irlande ; au Portugal, où auront lieu des élections en octobre, le Parti communiste incarne bien une alternative; en Italie, l'héritier du PCI retrouve des couleurs, .....



ET EN FRANCE ?

Je cite le secrétaire du PCF, Pierre Laurent (L’Humanité du 22.09.15), qui analyse fort justement la situation & situent les enjeux Tsipras.meeting.18Sept.jpg:

« (...) François Hollande détourne le message des Grecs. D’abord, il oublie de dire que son allié, le PASOK, a une nouvelle fois été désavoué par les urnes. D’autre part, il fait mine de croire que l’accord qu’il a contribué à imposer aux Grecs cet été est désormais accepté par Tsipras (...) François Hollande continue de soutenir Alexis Tsipras comme la corde soutient le pendu. Nous ne devons pas être dupes. (...)

Cette victoire appelle, dans le reste de l’Europe, l’amplification et la convergence des luttes contre l’austérité et la déréglementation sociale »

Quant à l’enjeu pour la Gauche, la victoire de Syriza « doit nous inviter à plus de prudence dans le débat entre forces (politiques). Le principal enseignement de ce scrutin, c’est que Syriza, qui continue d’être le seul gouvernement de Gauche au pouvoir en Europe, reste, pour tous ceux qui veulent y changer le rapport de forces, un interlocuteur central ».

Et, surtout, un exemple à suivre ! Celui du combat contre le Libéralisme !