Cela a dû leur faire drôle, mardi dernier, aux « bien-pensants » lecteurs de Libé, en découvrant la tribune de Pierre Laurent dans leur journal préféré, répondant à l' "analyse" de L.Joffrin ! Quoi un coco (il y a 30 ans, ils nous appelaient « les Staliniens » !) ! C’est vrai, depuis le temps qu’ils lisaient des articles anti-communistes sans savoir ce que le PCF pense réellement !p.Laurent.1.png

Eh bien voilà de large extraits de cet article de Pierre Laurent  :

"En annonçant à la une de Libération du 11 août un grand dossier sur « Les leçons de la Crise grecque », votre journal a fait une promesse à ses lecteurs qu’il n’a absolument pas tenue. Votre dossier et l’analyse introductive que vous signez ne tirent aucune leçon de l’expérience grecque de ces huit derniers mois. En tout cas, aucune de celles que devrait logiquement tirer quiconque se réclame de la gauche. Une fois de plus, vous faites totalement fi de la position réelle et maintes fois exprimée d’Alexis Tsípras. Cherchant en fait à justifier la politique d’austérité menée en France par François Hollande, vous présentez sa décision de signer l’accord qui lui a été imposé comme un reniement à ses promesses démagogiques, la reconnaissance par lui-même que rester dans l’euro vaut bien « une certaine dose d’austérité » et qu’il aurait mieux valu l’admettre tout de suite plutôt que de « jouer au poker avec l’avenir de la Grèce ».

Ainsi, selon vous, Aléxis Tsípras pourrait maintenant être soutenu parce qu’il s’est converti au réalisme d’une austérité qu’il combattait hier. Cette position est l’exact contraire de celle qu’a exprimée le Premier ministre grec, le 29 juillet dans une longue interview à la radio hellénique Sto Kokkino, dont seule l’Humanité a publié la traduction intégrale. Je (le) cite : « Nous avons tenté, dans des conditions défavorables, avec un rapport de forces difficile en Europe et dans le monde, de faire valoir la raison d’un peuple et la possibilité d’une voie alternative. Au bout du compte, même si les puissants ont imposé leur volonté, ce qui reste c’est l’absolue confirmation, au niveau international, de l’impasse qu’est l’austérité ». Si réalisme il y a, on le voit, c’est celui de la lucidité face au rapport de forces et aux conditions draconiennes de l’accord qui a été imposé à la Grèce.

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(... ) vous dites, monsieur Joffrin, qu’il ne tenait qu’à A.Tsípras d’écarter ce chantage « en négociant un Grexit temporaire et ordonné que lui proposaient ses interlocuteurs allemands » ? Précisément, parce que le Grexit, souhaité de bout en bout par le gouvernement allemand, aurait signifié une faillite catastrophique pour les couches populaires en Grèce. La décision revancharde de contraindre à la fermeture des banques, prise par l’Eurogroupe à la veille du référendum, préparait le terrain au Grexit et à la liquidation politique du gouvernement Tsípras.

(...) En acceptant, contraint, les conditions draconiennes de l’accord, (...) (et) (en r)econnaissant le caractère douloureux de ce compromis, il a souligné combien il s’agissait « d’une victoire à la Pyrrhus de nos partenaires européens et de nos créanciers »...

Dans ce combat inégal, la Grèce a également marqué des points. Au plan politique, en élevant le niveau du débat sur la (non-)viabilité des politiques d’austérité et la (non-)soutenabilité de la dette dans toute l’Europe, le gouvernement grec a ouvert une voie vers laquelle nous devrions désormais tous pousser. Au plan économique, en obtenant 83 milliards de financement sur trois ans là où le compromis d’avant-référendum avec les mêmes mesures d’austérité n’assurait que 10 milliards sur cinq mois.

Dans ces conditions, le devoir d’une gauche digne de ce nom n’est pas de prétendre soutenir Tsípras en vantant son ralliement à l’austérité (...) mais de le soutenir vraiment en élargissant le front de lutte européen contre l’austérité, pour des financements allant à la création d’emplois, de richesses et aux services publics et non plus à l’enrichissement des créanciers. L’engagement de la France dans ce combat s’avérerait décisif, quand on voit ce que celui de la Grèce, seule et isolée, a déjà fait bouger dans les consciences.

C’est là que votre responsabilité et celle du gouvernement français sont gravement engagées. (...) Le débat sur la fédéralisation accrue de la zone euro est une fausse fenêtre car elle esquive encore une fois le fond du problème : la nature des politiques mises en œuvre. La voie ouverte par les Grecs place la barre plus haut : reconquérir le pouvoir confisqué en Europe par les marchés financiers avec la complicité des gouvernements de la zone euro pour le rendre aux peuples et à leurs choix souverains. (...)

A.Tsípras et les siens, avec les forces de la Gauche européenne que je préside, mènent ce combat (pour une Europe démocratique & sociale). C’est le seul combat d’avenir pour les forces de gauche (et moi AB, j’ajoute : pour les peuples) en Europe."



Laurent Joffrin a répliqué à Pierre Laurent. Fait-il amende honorable de propos peu nuancés ? Revoit-il des formulations qui pouvaient prêter à confusion ? Mieux : affine-t-il son analyse ? Que nenni, rien de tout cela, pas la moindre petite once, sinon de repentir, du moins d’humilité ! Non, il persiste & signe !

Ainsi, Alexis Tsipras serait, selon Laurent Joffrin, devenu le « nouveau réformiste d’Athènes », « résigné au réalisme » et, au bout du compte, converti à l’austérité : en creux, Joffrin justifie les renoncements de Hollande !

Laurent Joffrin : « Après avoir fait campagne pendant des mois contre l’austérité, le gouvernement Tsipras a finalement accepté de s’y rallier. (...) Ces efforts, douloureux pour le peuple grec, (méritent) désormais un soutien actif de la part des Européens » « Désormais » !? Comment çà, ils n’en avaient pas vraiment besoin avant ? Non, ce que veut dire Joffrin est dans la droite ligne des chantages récurrents des donneurs de leçon : c’est parce que Tsipras accepte l’austérité & renonce à ses réformes qu'on va l'aider !

Finalement, et sur un plan davantage franco-français, Laurent Joffrin laisse entendre qu’en fin de compte, le PCF pourrait faire un pas vers le PS. Voyez plutôt : « Entre la gauche radicale (lisez : le PCF/Front de Gauche) revenue à la lucidité et une gauche réformiste (lisez : le PS) plus audacieuse, la convergence s’imposera. Faute de quoi l’austérité, la vraie, celle de la droite, l’emportera »

Malheureusement, Joffrin se fourre le doigt dans l’oeil ! D’une part, il nous fait le coup du chantage du style « Au Secours, la Droite reviens ! » de 1993, en avançant, tout en le masquant, l’argument rebattu : « Vaut toujours mieux un PS qui fait des bêtises que la Droite » ! D’autre part, ce PS réformiste, qui ne fait pas des bêtises mais applique son programme tel qu’il est aujourd’hui conçu au niveau européen par toute la Social-démocratie, est aujourd’hui aligné sur les positions de la Droite libérale qui en reste sans voix puisqu’elle ne ferait pas mieux ..... dans l’austérité !

La seule voie pour la Gauche, mais faut-il encore utiliser ce vocable, c’est d’avoir l’audace de transformer les institutions de l’Europe libérale, audace dont la social-démocratie, jamais, n’a et ne fait preuve nulle part !

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