Les jeunes suivent Jeremy Corbin en raison de son discours franc & direct, sans langue de bois, mais surtout parce qu’il refuse de cautionner l'austérité à la sauce Cameron ; les militants plus âgés, syndicalistes, parfois membres involontaires du Parti travailliste (en GB, si vous adhérez à un syndicat, lui-même adhérent du Labour Party, vous devenez automatiquement membre de ce parti ! Vous imaginez çà en France : je prends ma carte à la CGT et je me retrouve membre du PCF, l’horreur ! BHL, Joffrin, Julliard, Finkelkraut et consorts hurleraient au Goulag !) ; ces vieux activistes, syndicalistes ou militants politiques, donc, qui avaient quitté le parti ou ne militaient plus, retrouvent une raison valable de refaire de la politique.

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Plus fondamentalement, ces militants, privés de parole et d’action militante depuis 30 ans, osent à nouveau croire qu’une alternative est possible : après le thatcherisme des années 80, sa brutale répression des grèves et sa politique néo-libérale dont le Royaume-Uni était la nouvelle terre d’expérimentation (après le Chili de Pinochet dès 1973), est venu le blairisme des années 1990/2000, chant du cygne du Welfare State et Cheval de Troie dans les PS européens !

Justement le blairisme, parlons-en : Tony Blair, Premier ministre de 1997 à 2007 a voulu & réussi à transformer le Labour en parti de collaboration de classe, il n’a fait que suivre la politique menée par les Conservateurs sous Thatcher & Major, quand il n’a pas accéléré la conversion de l’économie britannique au tout libéral avec son lot habituel de privatisations & de casse des services publics : transports, santé, éducation, .... sans compter les chantiers symboliques : les docks de Londres, historique lieu de la mémoire ouvrière, transformés en quartier branché, la City devenue la principale place financière mondiale, ........

Mais surtout, il a été le fer de lance de la mue des partis socialistes, et acclamé par la Droite pour son « réalisme » et son « absence de dogmatisme », Blair porte comme titres de gloire :

  • d’avoir permis aux Socialistes européens d’être désormais des socio-démocrates décomplexés !
  • d’avoir fait des émules un peu partout, ces baby-Blair ayant sévi ailleurs en Europe : Schröder en Allemagne, Zapatero en Espagne, Papandréou en Grèce ; et aujourd’hui Hollande en Gaule, Renzi en Italie et Coehlo (qui gouverne avec la Droite) au Portugal !
  • d’avoir accentué la dérive notabiliaire du Labour, aujourd’hui coupé de sa base militante et syndicale, sans parler de sa rupture avec la société et notamment les classes populaires.

Bref, il est le créateur de ce que nous appelions, en termes polémiques « vintage » adressés autrefois à la Droite, un parti « valet du Kapital » inscrit dans la « collaboration de classe », termes galvaudés me diront Vals, Cambadélis, Cahuzac ou Rebsamen, mais qu’il faut bien ressortir du tiroir pour définir ce que la Social-Démocratie européenne fait quand elle est au pouvoir !!

Justement, en rupture avec cette « pensée unique » libérale portée par les PS, Corbyn en appelle à dénoncer la crise économique & financière quand il affirme qu’il faut « refuser de reprendre à notre compte le grand récit conservateur sur le monde : non, les pauvres & les classes moyennes ne sont en aucun cas responsables de la crise bancaire ; non, ils n’ont pas à payer les pots cassés »

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Député travailliste depuis les années 80, il ne s’est jamais satisfait des dérives droitières du Labour.

Ses propositions ?

  • Arrêt des coupes budgétaires dans les services sociaux
  • Réappropriation collective des moyens de production
  • Contrôle public sur l’éducation, la santé, les transports, les télécommunications, l’énergie, le logement, ...
  • Lutte contre l’évasion fiscale, ...

Ces adversaires n’hésitent pas à le dénigrer dans la tradition nauséabonde des tabloïds anglais : les média conservateurs & la Droite s’en donnent à coeur joie. Mais les caciques du Labour ne sont pas en reste, avec leur slogan : « Tout sauf Corbyn » ; les 3 autres prétendants au poste de leader ont déjà dit qu’ils se désisteraient les uns en faveur des autres afin de faire barrage à Corbyn ; l’establishment de ce parti, forgé dès la fin du 19ème siècle dans les luttes ouvrières, pousse désormais des cris d’orfraie devant ce type qui ose redonner l’espoir aux classes populaires !

Après Syriza & Tsipras en Grèce, après Podemos & Iglesias en Espagne, Corbyn sera-t-il le 3ème « doux rêveur » à faire peur au Kapital & à ses valets ?