En effet, je ne sais si « le 21ème siècle sera religieux » (Malraux), mais en tout cas, en France, il a débuté sous le signe de l’offensive contre tout ce que les luttes, depuis un siècle, avaient permis d’obtenir : de 1936 (Front populaire) et 1982 (Lois Auroux), date chères au PS, à 1945 (CNR & Libération) et 1968 (« Mai » ne fut pas qu’une ‘révolte’ estudiantine alla Cohn-Bendit, le monde ouvrier a arraché les accords de Grenelle).



I- LE PATRONAT EN ORDRE DE BATAILLE

Il suffira de ne prendre qu’un seul exemple de son offensive : les fameux « seuils sociaux » !

logo_Peugeot.jpg Derrière ce terme technocratique se dissimule en fait toute une série de mesures en faveur des salariés en fonction de la taille de l’entreprise : moins de 10 salariés, plus de 10, plus de 50, plus de 100,… Il s’agit de droits à leur information et à leur représentation collective (délégué du personnel, comité d’entreprise, CHS, …), d’avantages individuels (transport, formation, logement via le « 1% », …)ou d'avantages collectifs (réfectoire, …).

Eh bien, selon l’antienne du patronat, reprise par la Droite, ces droits seraient des freins à l’embauche ! Oui, les patrons renonceraient à créer des emplois pour ne pas dépasser tel seuil et, donc, devoir créer un CE ou payer une formation à leurs salariés. Sans parler du prétendu coût que cela engendrerait !Gattaz.Guignols.2.jpg

Or, rien n'est plus faux !:

-le MEDEF lui-même estime à 30.000, seulement, le manque à gagner en emplois : mais qu'est-ce au regard des 5 millions de chômeurs et de l'engagement du MEDEF lui-même de créer 1 million d'emplois en contrepartie du pacte de responsabilité ?

-de toute façon, depuis belle lurette, les patrons ont su tourner la difficulté des « seuils » en créant d'autres entreprises et/ou en filialisant

-quant au coût, l'Ifrap, think tank ultra-libéral, n'a pu le chiffrer qu'à 4 % de la masse salariale !

Et en plus, ils se fourrent le doigt dans l'oeil !

Des salariés bien formés, bien protégés, bien suivis médicalement, sont assurément plus performants que des salariés précarisés et en mauvaise santé !



II- LE GOUVERNEMENT AUX ORDRES !

Valls.Chut.jpgFace aux gros sabots du patronat, que dit Valls, sous l'égide du mentor de l'Elysée ? Et bien, au mieux, il ne dit mot, au pire, il reprend à son compte les desiderata de Gattaz. D'où des réactions légitimes.

Gérard Filoche, socialiste critique, décèle un accord pernicieux : « Les seuils sociaux, avec l'ANI, sont les dessous-de-table des 40 milliards du pacte de responsabilité pour que le patronat 'aide' le gouvernement sur l'emploi »

Quel naïvité, ce Valls, lui le roi des chausses-trappes ! Il nous fait payer 2 fois les exigences gattaziennes  : on donne des milliards mais pour être sûr que le patronat va jouer le jeu, on doit céder sur un autre volet !

Bref, le gouvernement, en permanence, « baisse son pantalon » !



TROP, C'EST TROP …....MÊME AU PS !

Au delà de seuils sociaux, le gouvernement s'en prend à d'autres pans du socle social, comme l'assurance-chômage et les allocations familiales.

L'on ne peut qu'être virulent contre ses orientations mortifères, mais c'est une députée socialiste de Paris, F. Carrey-Conte, qui en parle le mieux : « Le PS & le gouvernement ont intériorisé les diagnostics libéraux sur le coût du travail trop élevé, les 35 h qui devraient être remises en cause et les seuils sociaux vus comme un frein à l'embauche ». CQFD !



CES FAINÉANTS DE CHÔMEURS..... !

Un nouveau pas a été franchi dans la dérive politique (vers la Droite) et verbale (le mépris) avec la question de l'indemnisation des demandeurs d'emploi.

Ainsi, nos chômeurs seraient bien trop payés, d'où l'idée, logique selon l'idéologie libérale, de réduire à la fois le montant & la durée de l'indemnisation, en se basant sur qui nous est présenté, comme souvent dans le discours dominant, comme une évidence : les chômeurs se laissent vivre sans chercher de boulot, d'autant que certains touchent 6.000 € !

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Alors, bêtise, méconnaissance des réalités ou provocation? C'est d'autant plus insoutenable quand elle vient de gens dits de « Gauche » :

  • C'est une insulte aux chômeurs, dont le nombre croît sans cesse alors que les emplois s'assèchent
  • Ce sont des propos d'autant plus graves qu'ils sont fallacieux : 40 % seulement des chômeurs perçoivent une indemnité
  • Quant à pointer du doigt ceux qui touchent beaucoup, Droite & PS entretiennent une confusion autour d'un chiffre, celui de 900 : en effet, seuls 900 demandeurs touchent 6.000 €, mais des milliers touchent 900 €, c'est-à-dire moins que le seuil de pauvreté

Lorsque l'on remet de l'ordre dans ces déclarations de guerre au monde du travail, comment interpréter les déclarations, parfois réitérées, de ministres, dont celui du travail, & du premier ministre lui-même, autrement que comme une surenchère à poursuivre la dérive austéritaire  («  Plus à Droite que moi, tu meurs ») ?

Rebsamen.jpgAinsi, Rebsamen, le Ministre du Chômage, qui avait sorti sa saillie sur le « contrôle des chômeurs » 

Seuils sociaux, allocations-chômage, allocations familiales (remise en cause de leur universalité), retraite, …...., le couple Hollande-Valls détruit méthodiquement le « modèle français » de protection sociale .Valls_1.jpg

Est-ce cela que nous avons voulu en votant en 2012 ? Assurément NON !

Cette casse est d'autant plus indigne qu'elle s'accompagne donc de diatribes contre le monde du travail quand, dans le même temps, le gouvernement cède aux moindres caprices du patronat, voire s'empresse de satisfaire ses appétits !

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Aussi, à défaut de ramener les Socialistes à la raison, donnons-leur au moins du grain à moudre en leur rappelant quelques chiffres, qui, souvent, comme les faits, sont têtus :

  • Hormis les déficits publics (principalement de l'Etat d'ailleurs), les déficits sociaux qu'il faudrait absolument combler s'élèvent, pour l'assurance-chômage à 4 milliards et pour la « Sécu » à 10 milliards : Wouah, c'est le gouffre, mais, qu'est-ce, si on le compare ......
  • ......Aux sommes accordées ou 'laissées' aux entreprises :

-la fraude & l'évasion fiscale : 60 milliards

-le pacte de responsabilité : 40 milliards

-les exonérations sociales & fiscales : 40 milliards

Faîtes les comptes, Messieurs, Monsieur le Ministre de l'Economie en premier lieu (vous avez bien dû conserver votre calculette du temps que vous fûtes chez Rothschild) :

*Déficit de la protection sociale = 14 milliards

*Cadeaux au patronat = 140 milliards

Comme le chantait Gainsbourg, "NO COMMENT !"