Ce 27 mai, se retrouvent donc les représentants des huit grands mouvements de résistance, ceux des deux grands syndicats d'avant-guerre (CGT & CFTC), enfin ceux des six principaux partis politiques, du PCF à la Droite non collaborationniste.

Adopté le 15 mars 1944 après plusieurs mois de négociations, le programme du CNR est empreint de rénovation sociale. Ce document comprend deux parties, un « plan d'action immédiate » qui concerne l'action que la Résistance doit mener dans l'immédiat dans la perspective de la Libération et les « mesures à appliquer dès la Libération du territoire », sorte de programme de gouvernement qui comprend à la fois des mesures ayant trait à l'épuration et des mesures à beaucoup plus long terme dans les secteurs économique et social.

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Cette seconde partie prévoit d'abord de « veiller au châtiment des traîtres et l'éviction, dans le domaine de l’administration et de la vie professionnelle, de tous ceux qui auront pactisé avec l’ennemi ou qui se seront associés activement à la politique des gouvernements de collaboration » (Malheureusement, Papon, fonctionnaire zélé de Vichy & respnsable de la déportation de Juifs, aura encore l’occasion de se distinguer lors du massacre des Algériens en octobre 1961 et d’une manifestation qui tourne mal à Charonne en février 1962 )



L’AVENIR RADIEUX ?

Si des mesures générales d’ordre politique comme le rétablissement de la démocratie, du suffrage universel et de la liberté de la presse sont annoncées, c’est par son ambition économique et sociale que ce programme se caractérise. Il prône ainsi :

  • « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », c’est-à-dire « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques » (autrement dit des mesures de nationalisation)
  • un réajustement important des salaires, le rétablissement d'un syndicalisme indépendant et des délégués d'atelier, ainsi qu’« un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État »

À partir de septembre 1944, l'application de son programme devient la préoccupation du CNR, le gouvernement provisoire n'ayant jamais reconnu ce programme et de Gaulle se gardant bien de s’y référer. Pour autant, il devient le guide des réformes mises en œuvre par le gouvernement provisoire, et à partir du 21 octobre 1945, par les gouvernements bénéficiant du soutien d'assemblées législatives élues.



DES MESURES RÉVOLUTIONNAIRES ?

Entre décembre 1944 et octobre 1945, le gouvernement provisoire est ainsi amené à prendre une série d'ordonnances allant dans le sens des mesures préconisées par le CNR :

•organisation de la presse, interdiction des concentrations

•institution des Houillères du Nord-Pas-de-Calais

•contrôle de l'État sur la marine marchande.

•relèvement des cotisations de la sécurité sociale.

•nationalisation des Usines Renault.

•institution des comités d'entreprise.

•transfert à l'État des actions des compagnies Air France et Air Bleu.

•ordonnance de base de la Sécurité sociale.

•statut du fermage et du métayage

Des élections générales du 21 octobre 1945 sortent vainqueurs avec 75 % des suffrages les trois partis qui mettent en avant l'application du programme du CNR : le PCF, la SFIO et le MRP.

De Gaulle, élu président d'un gouvernement tripartite, le 21 novembre 1945, se déclare d'abord assez réservé vis-à-vis des programmes, ce qui ne l’empêche pas de prendre deux mesures significatives :

•nationalisation de la Banque de France et de quatre grandes banques de dépôt.

•dépôt à l'Assemblée de projets de loi sur la nationalisation de l'électricité et du gaz.

Si de Gaulle démissionne le 20 janvier 1946 (ses divergences quant à la nationalisation du secteur bancaire l’ont poussé à imposer que les deux plus grandes banques d'affaires ne soient pas nationalisées), le gouvernement, où siègent des ministres communistes, continue son œuvre de rénovation tout au long de l’année 1946 :

•rétablissement de la loi des quarante heures (issue du Front populaire et abrogée par Pétain)

•vote de la loi sur la nationalisation de l'électricité et du gaz.

•nationalisation des grandes compagnies d'assurances.

•extension du nombre et des attributions des comités d'entreprises.

•généralisation de la Sécurité sociale incluant la Retraite des vieux.

•statut de la fonction publique



QUELLE ACTUALITÉ POUR CETTE AMBITION ?

Que reste-il des mesures adoptées à l’époque et qui ont permis à la France de se reconstruire et de connaître les « Trente Glorieuses » (1945/1975) ?

Depuis 30 ans avec le « tournant de la rigueur » de Delors (mentor de F.Hollande), ce sont plutôt les « Trente Calamiteuses » ! . Les différents gouvernements, de Droite comme de Gauche, s’y sont donnés à cœur joie de détricoter ces acquis !

  • les nationalisations : qu’il s’agisse du secteur bancaire ou industriel, d’ouverture du capital en changement de statut, jusqu’à la privatisation sèche, les intérêts du privé ont été rétablis, son mode de gestion imprégnant désormais ce qu’il reste des services publics (EDF, La Poste)
  • la Sécurité sociale : les intérêts privés n’ont jamais accepté que l’énorme gâteau des dépenses de santé leur échappe (cf le renoncement d’Obama à instaurer la Sécu aux USA !) : les lois Evin (1989), Douste-Blazy (2004) et Bachelot (2009) ont ouvert les bras aux assurances privées, la protection–maladie recevant de rudes coups (déremboursements, franchises,…)
  • les retraites : la retraite par répartition a été mise à mal, depuis les ‘réformes’ Balladur (1993), Fillon (2003) et Sarkozy (2010), par la baisse des pensions puis par le durcissement des conditions d’accès (allongement de la durée de cotisation, recul de l’âge de départ) et ce n’est pas le projet gouvernemental qui risque de nous rassurer

Pour autant, l’ambition du programme du CNR reste d’une brûlante actualité, n’en déplaise à Sarkozy, non avare de récupération (il avait vanté l’esprit de résistance en citant le CNR !) et surtout à Denis Kessler, éminence grise du MEDEF et bras armé des assureurs qui, en 2007, estimait qu’il était « grand temps de le réformer » (le programme du CNR). Et d’approuver la liste des ‘réformes’ de Sarkozy. « (…) prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception (…). Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ». CQFD

Non, l’esprit de la Résistance n’est pas mort, j’en veux pour preuve les mobilisations de ces dernières années pour les retraites ou contre l’Europe libérale et financière ; plus récemment celles amenant sur la place publique le débat autour des enjeux industriels à l’occasion des liquidations de PSA, Pétroplus ou Arcélor.

Non, l’esprit de la Résistance, qui a déserté certains cercles qui se disent de Gôche, reste vivant chez les communistes. Le PCF, au sein du Front de Gauche, lui reste fidèle !

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