Les députés de Syriza ont annoncé qu'ils ne soutenaient pas l'accord, qu'ils jugent dégradant pour la Grèce, mais qu'ils n'envisagent pas de démissionner de leurs fonctions d'élus ou de ministres. Quant au comité central de Syriza, il rejette l'accord et a produit la déclaration suivante : «Le 12 juillet, un coup d'Etat a eu lieu à Bruxelles. Il a démontré que le but des leaders européens était d'infliger une punition exemplaire à un peuple qui aspire à quelque chose de différent qu'une austérité extrême tirée d'un modèle néolibéral. C'est un coup dirigé contre toute notion de démocratie et de souveraineté populaire. L'accord signé avec les "institutions" a émergé de menaces concernant l'étranglement économique imminent et représente un nouveau Memorandum qui impose des conditions odieuses et humiliantes de tutelle qui sont destructrices pour notre pays et notre peuple . Nous sommes conscients des pressions asphyxiantes qui ont été exercées sur les négociateurs grecs mais nous considérons cependant que la fierté du "non" des travailleurs lors du référendum n'octroie pas au gouvernement le droit d'abandonner face aux pressions des créanciers.. Cet accord n'est pas compatible avec les idées et les principes de la Gauche mais, avant tout, il n'est pas compatible avec les besoins des travailleurs. Cette proposition ne peut pas être acceptée par les membres et les cadres de Syriza.»

Heureusement, les parlementaires de Gauche & Alexis Tsipras peuvent compter sur le soutien des Grecs. "Non au memorandum de rigueur !", "Dehors l'austérité !", crient des dizaines de milliers de manifestants qui déferlent sur la place Syntagma. Or, depuis, mercredi, les contradictions devant lesquelles Tsipras, les parlementaires de Syriza et le parti lui-même sont mis, a entraîné un remaniement ministériel.

Ce scénario de mise au pas d'un gouvernement légitimement élu par l'asphyxie de son économie & les sacrifices infligés à la population en rappelle étrangement un autre : celui du Chili d'Allende, qui vit, avec le renversement de la coalition de Gauche et l'arrivée au pouvoir du dictateur Pinochet, la mise en œuvre des premières recettes libérales sous couvert d' « ajustement structurel » du FMI !



La Grèce vue … d'Allemagne

L'Allemagne serait prête à des concessions... mais pas sur la restructuration de la dette grecque : elle peut envisager de laisser plus de temps à la Grèce pour payer ses dettes grâce à un allongement de la maturité de ses prêts mais uniquement si cela ne s'accompagne pas d'une restructuration de la dette, a prévenu le ministre allemand des Finances, Schäuble . L'Allemagne a réaffirmé également qu'un allègement de la dette grecque serait contraire aux principes et aux règles européennes : et c'est désormais Merkel qui doit affronter une fronde au sein de son propre parti : en effet, les Chrétiens-'Démocrates' de la CDU la trouvent trop gentille avec Tsipras !

Il serait temps de rappeler à l'Allemagne qu'en 1953, l'accord de Londres lui a permis de voir sa dette allégée de 60 %, montant constitué à la fois d'une dette en bonne & due forme, mais aussi des sommes dues au titre des dommages de guerre, en réparation des pillages & destructions que les pays occupés par les troupes de l'Allemagne nazie étaient en droit de réclamer à la RFA.

Or, les pays occidentaux créanciers, au premier rang desquels les Etats-Unis, pour s’assurer que l’économie de la 'nouvelle’ Allemagne était relancée et qu’elle constituait un élément stable du bloc atlantique, ont fait des concessions importantes aux autorités et aux entreprises allemandes : le pays devait pouvoir rembourser tout en améliorant les conditions de vie de la population, bref rembourser sans s’appauvrir ! Ainsi, l'Allemagne fut autorisée à rembourser dans sa devise (mark), à réduire ses importations afin de produire elle-même ce dont elle avait besoin, ce qui signifiait que les pays créanciers acceptaient de réduire leurs exportations vers l'Allemagne puisqu'ils étaient les principaux exportateurs vers ce pays ; et enfin, ils acceptaient que l'Allemagne vende ses produits à l'étranger, dopant ainsi ses exportations ... Alors, merci qui ?




La Grèce vue … de France

Le moins que l'on puisse dire, c'est que, chez nous, exit le débat économico-financier, la crise grecque a donné lieu a une partie de poker-menteur.

A Droite, il n'y eut pas de mots assez forts dans la bouche de Christian Jacob, élu de notre chère 77, pour dénoncer le «menteur» Tsipras à qui « Il ne reste qu'une voie étroite, celle de donner à la Grèce une dernière chance » . Et de vanter les peuples européens qui ont consenti des efforts 'courageux' pour redresser leur économie, les Irlandais, les Portugais, les Slovaques, les Espagnols. Quand on connaît la situation dans ces pays, on se dit que Jacob est un grand comique ! Autre comique, Patrick Ollier soutient l'accord car il estime que les réformes prévues vont dans le bon sens. « Je vais voter pour car l'accord reprend des choses que nous soutenons comme la retraite à 67 ans et la hausse de la TVA». On savait déjà que la Droite française veut appliquer ce type de mesures chez nous, mais merci de le rappeler avant 2017 !

Quant au PS, si les habituels béni oui-oui ont voté comme un seul homme aux ordres de « Moi, Président », comment analyser l'attitude des 'frondeurs' ? Un fois encore, ils n'ont pas su prendre leur responsabilité ! Si la plupart ont voté pour à contre-coeur (?!), d'autres se sont abstenus : ainsi Pascal Cherki : « Je ne voterai pas non parce que si j'avais été Grec je n'aurais pas voulu voté contre Tsipras. Je n'aurais pas voulu affaiblir Syriza ». Vous avez compris ? Moi pas ! Pour Christian Paul, « C'est un accord incontournable, ça n'en fait pas un bon accord », car il « ne règle rien »

Seuls, donc, les députés Front de gauche ont voté contre. . Les élus du Front de gauche « ont pris la décision à l'unanimité de voter contre » l'accord européen sur la Grèce, « C'est un mauvais accord, désastreux pour l'avenir de la Grèce », a déclaré le député communiste André Chassaigne.



La Grèce vue … de Grèce, par l'ancien ministre de l'Économie

On laissera le dernier mot à Yannis Varoufakis, qui a été démissionné au lendemain du « NON » au référendum : il parle d'un « nouveau traité de Versailles » stigmatisant l'accord en faisant allusion au texte qui avait imposé de lourdes réparations à l'Allemagne vaincue en1918 et avait contribué à la montée du nazisme. Il en décrypte les subtilités langagières :

  • Quand le texte affiche en préambule : « Le sommet souligne la nécessité cruciale de rebâtir la confiance avec les autorités grecques », Varoufakis commente : « le gouvernement grec doit introduire des nouvelles mesures d'austérité en direction des Grecs les plus faibles et qui ont déjà souffert de façon exagérée ». 
  • Lorsque le texte stipule qu'un quart des 50 milliards issus des privatisations sera destiné aux investissements, Varouflakis explique : « la propriété publique sera vendue et les sommes pitoyables restantes serviront seulement à juguler l'endettement. Absolument rien ne sera donc laissé pour les investissements publics ou privés ». 

Pour reprendre les pays cités par Jacob (Irlande, Espagne, ...), il faut rappeler que leurs gouvernements se sont couchés devant les injonctions de la troïka et de leurs 'amis' européens.

Syriza & Tsipras en Grèce, à la différence, n'ont pas consenti à remettre en cause ce pour quoi ils avaient été élus.

Et ce sont les donneurs de leçons 'ès-démocratie', les Merkel, Hollande, Cameron, … ; sans oublier ceux, de Droite comme de Gauche, qui furent au pouvoir un temps (Sarkozy, Moscovici, ...) ; sans même parler de ceux qui n'ont jamais été élus, entendez les technocrates de Bruxelles, qui veulent remettre en question un gouvernement, mettre au pas un parlement et asphyxier un peuple … !

QUI SÈME LE VENT, RÉCOLTE LA TEMPÊTE !