De même, le PG a écrit une lettre ouverte à Anne Hidalgo. En voici des extraits :

" MADAME LA MAIRE DE PARIS,

Dans la tribune parue dans Le Monde en date du 12 août, « Pourquoi nous accueillons Tel-Aviv à Paris Plage ? », vous défendez le maintien en l’état de l’organisation de l’événement « Tel-Aviv sur Seine ».

Pour justifier ce choix, vous pointez l’esprit de tolérance de Tel-Aviv-Jaffa, dont le Maire travailliste est membre de l’opposition au gouvernement de coalition droite-extrême droite de Netanyahou. Vous rappelez que Tel-Aviv est « inclusive » et « reste ouverte à toutes les minorités, y compris sexuelles ». Ce dernier constat mériterait d’être nuancé, au regard d’une géographie marquée par une ségrégation historique entre l’ancienne ville arabe (Jaffa) qui hormis ses espaces touristiques fait figure de zone pauvre, et la nouvelle ville construite à partir de 1909.

Il n’en reste pas moins vrai que Tel-Aviv, honnie des extrémistes nationalistes et religieux qui dictent la politique israélienne, peut être décrite comme progressiste, a fortiori à l’échelle d’un pays gangréné par la montée de l’extrémisme. Il est significatif, entre autres, que Tel-Aviv soit régulièrement le théâtre de manifestations pour la relance des négociations de paix. Il est tout aussi significatif que Tel-Aviv soit la ville choisie par les arabes israéliens ayant voulu dénoncer la recrudescence des actes racistes dont ils sont victimes. On peut rappeler enfin, comme vous l’avez fait, que Tel-Aviv a hébergé la récente manifestation « Stop à l’incitation à la haine » en réaction à l’assassinat par des colons israéliens du bébé palestinien brûlé vif, et au cours de laquelle l’oncle de ce dernier a pris la parole.

drapeau_isra_lien__sang_.jpg Pour autant ces éléments ne sauraient évidemment légitimer l’organisation de « Tel-Aviv sur Seine ».

Tout d’abord, nous maintenons qu’il y a quelque chose d’indécent à se focaliser sur la vocation ludique d’une ville qui se définit elle-même comme une « bulle » à l’écart des problèmes de la région. (...) On ne peut pas se contenter de célébrer la 'dolce vita' de Tel Aviv, ses DJ et ses plages comme si de rien n’était à 50 km de là ! Il ne suffit pas d’être « cool » pour faire la paix. Il faut s’engager concrètement pour la bâtir. (...)

Dans ce contexte, quand bien même la municipalité de Tel-Aviv serait irréprochable en tout point sur le dossier israélo-palestinien, ce qui est loin de la réalité compte tenu de la rareté et du flou des prises de position du Parti Travailliste sur la relance du processus de paix, l’érection d’une cloison hermétique entre la politique d’un Etat et l’image de sa capitale de fait ne résiste pas à la réalité. Qu’on le veuille ou non, Tel-Aviv est aussi identifiée aux enjeux géopolitiques de la région. (...)

Le ministère du Tourisme israélien, qui soutient l’initiative « Tel-Aviv sur Seine », qui ne se limite donc pas à la stricte « diplomatie des villes » que vous invoquez, ne s’y est pas trompé. Doit-on préciser que ce ministère est dirigé par Yari Levin, représentant de l’aile la plus droitière du Likoud ? Auteur en 2014 d’une loi distinguant pour la première fois entre chrétiens et musulmans parmi les citoyens arabes d’Israël, M. Levin s’était ainsi justifié : « les chrétiens et nous avons beaucoup en commun. Ils sont nos alliés naturels, un contrepoids aux musulmans qui veulent détruire le pays de l'intérieur » …

Bref, contrairement à ce que vous affirmez, « Tel-Aviv sur Seine » est loin d’une démonstration de paix mettant en avant les valeurs de Paris et ses positions historique pour la reconnaissance de l’Etat palestinien, pour certaines initiées par vous, de même que son engagement en faveur de la coopération avec les villes palestiniennes de Bethléem, Jéricho et Ramallah, parallèlement aux liens entretenus avec Tel-Aviv ou Haïfa en Israël.

Pour que « Tel-Aviv sur Seine » soit une démonstration de paix, il eût fallu qu’elle ne se résume pas à un moment de ludisme ne faisant qu’écran à la triste réalité. Il eût fallu qu’elle s’accompagne d’un volet politique rappelant les conditions de la Paix entre Israël et la Palestine, et encourageant les militants israéliens qui tentent réellement, avec courage et ténacité, de réorienter la politique de leur pays tout en affirmant une opposition résolue à toute forme de racisme et d’antisémitisme. Il eût fallu que cet événement comporte une dimension palestinienne . Il eût été facile d’inviter des artistes de ces deux peuples volontaires pour faire passer un message de paix. (...)

Malgré tout en tant que Maire de Paris, vous avez encore la possibilité d’insuffler à cet événement une dimension politique progressiste, même de façon symbolique. D’en faire un « Paris Plage pour la paix ». A défaut nous demandons d’annuler cet événement qui déjà, et c’est une inquiétude, suscite sur les réseaux sociaux des violences et menaces verbales inquiétantes à l’encontre de tous ceux qui osent simplement, comme nous, le critiquer y compris de la part d’institutions qui ont pignon sur rue ".

Ah oui, juste une précision : les Palestiniens n’ont pas cette chance d’avoir une ville « cool » comme capitale, puisqu’ils n’ont ni capitale, ni ville cool. Quand bien même ils en auraient une, comment s’y rendre pour y faire la fête ? Car pour visiter la Palestine, vous atterrissez à ... Tel-Aviv !

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