Si cette accusation n’émanait que du patronat et de la Droite, cela ne mériterait pas un seul article. Si cela venait du Gouvernement ou du PS, je m’énerverais déjà un peu plus, pour leur rappeler que ce sont eux qui tiennent les rênes du pouvoir et qu’ils ne peuvent pas se contenter de clamer que « l’Etat ne peut pas tout » (d’ailleurs ils devraient se souvenir de ce que cette phrase a coûté à L.Jospin en 2002 !)

Non, je suis carrément en colère en entendant le nouveau secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger (son prédécesseur, F.Chérèque, s’est vu attribué une double ‘planque’, promu haut fonctionnaire, un de plus, à l’IGAS pour un salaire de 5.000€ et balancé président de Terra Nova, la ‘boîte à idées’ du PS)



DE QUEL ANIMAL LA DIRECTION DE LA CFDT EST-ELLE LE NOM ?

CFDT-Berger.bmpBerger, qu’on pourrait classer dans la rubrique « Comme son nom l’indique » tant, à l’écouter, il apparaît comme un parfait chien de garde des…..intérêts du patronat, estime que la CGT porte une responsabilité dans le projet de fermeture du site de Goodyear d’Amiens-Nord, car elle a refusé de négocier un accord pour sauver l'emploi.

Changeons d’animal : il doit vouloir jouer aux 3 petits singes, c’est-à-dire qu’il ne voit rien, n’entend rien et ne dit rien, sauf pour taper sur la CGT :

  • Il ne voit donc pas la liste des plans de licenciement s’allonger, qu’il s’agisse de grandes entreprises (Renault, PSA, Goodyear, Sanofi, Pétroplus, Arcelor-Mittal) ou de plus modestes (Albany, ) ?
  • Il n’entend donc pas les militants de base, entre autres ceux de son propre syndicat, dénoncer la logique suicidaire du patronat, ainsi Edouard Martin, délégué CFDT chez Arcelor-Mittal, à la pointe du combat contre le milliardaire indien et pour le redémarrage du site de Florange ?
  • Il n’a donc rien à dire au patronat qui sacrifie les outils de production sur l’autel de la rentabilité financière en pratiquant allègrement la stratégie, mortifère pour notre économie, des « licenciements boursiers » et des délocalisations ?


LA CULPABILISATION DES SALARIÉS

Ce refrain anti-salariés et anti-monde du travail est repris sans nuance par des médias aux ordres. Lundi 4 février, l’Humanité titre sur les « Flagrants délires contre les ouvriers en lutte » ! Encore une lubie ouvriériste et anti-patronale des cocos ? Une vue de l’esprit des « grévistes qui empêchent leurs collègues de travailler » ?

Badaboum, le lendemain, mardi 5, devinez quel était le thème de l’émission C dans l’Air : « Social : la CGT jusqu’au bout » et sans point d’interrogation !Reportage : et à qui est donnée la parole ? A la représentante du syndicat SIA, héritier des syndicats-maisons créés par le patronat de l’automobile, organisations fort peu démocratiques, encore moins de défense des salariés, mais surtout adepte du flicage des ouvriers et de la répression anti-syndicale.

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À Aulnay, les salariés ont pu constater l’esprit de « dialogue social » (mot cher à F.Hollande) de PSA avec le recours à des nervis, rappelant les heures sombres des commandos fascisants de la CFT.

Maintenant, venons-en aux problèmes de fonds et commençons par ce paradoxe que j’ai du mal à saisir : les syndicats, du moins la CGT, empêcheraient de tourner une usine qui, de toute façon, doit fermer puisque telle est la décision de la « direction de l’entreprise » !?

Donc, je ne vois pas bien quel préjudice est causé et à qui :

1-à une société qui se débarrasse de ce qui, de fait, selon elle, n’est qu’un poids mort ?

2-à des salariés, ceux qui « veulent travailler », qui pointeront à Pôle-Emploi dans quelques semaines, au mieux quelques mois ?

LA CASSE DÉLIBÉRÉE DU POTENTIEL INDUSTRIEL

Question qui rapporte moins que l’Euromillion : combien d’emplois sont-ils menacés, en ne prenant que les entreprises qui font la Une des médias : Renault (8.200), PSA (8.000), Goodyear (2.200), Arcelor-Mittal (1.500), cela fait 19.900 postes de travail supprimés ! Près de 20.0000, soit plus que la population cumulée de…Réau et Moissy-Cramayel ! Moissy où le site PSA a fermé en envoyant les derniers salariés travailler à ….Aulnay !!!

En ce moment, les salariés de PSA-Aulnay, avec l’aide de leur syndicats, le soutien des élus, principalement des élus communistes d’ailleurs (où sont passés les Socialistes si fiers d’avoir piqué le Conseil général de Seine-Saint-Denis au PCF ?) et la solidarité de la population, se battent pour éviter la fermeture de l’usine et la suppression de 2.000 emplois.

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En Picardie, les salariés de Goodyear ont rejeté le chantage à l'emploi exercé sur eux depuis 5 ans par leur direction, laquelle vient d’annoncer son projet de fermer le site d'Amiens Nord (1.200 emplois), alors que le site voisin d'Amiens-Sud, où travaille un millier de salariés, est lui aussi sur la sellette, malgré un de ces accords de compétitivité !

Quant à Renault ! Que reste-il du modèle social de la régie présenté naguère comme le ‘nec plus ultra’ de l’économie française. Il faut dire qu’à l’époque, la Régie Renault était une entreprise publique que les gouvernements successifs, de Droite comme de « Gauche », ont progressivement privatisée. Pourtant, avec 15% du capital, l’Etat reste encore actionnaire, sans compter les subventions (idem pour PSA) versées au constructeur pour développer l’emploi. Et l’Etat siège aussi au Conseil de surveillance de PSA. Et il ne peut rien faire ?



LA CRIMINALISATION DE L’ACTION SYNDICALE ET DES LUTTES SOCIALES

Alors, dans l’affaire, qui sont les voyous ? . Ceux qui défendent leur outil de travail, et leur salaire, donc leur gagne-pain, ou le couple Ghosn-Vatrin qui perçoit des salaires mirobolants, la famille Peugeot qui engrange les dividendes ?Luttes-PSA4__acronyme_.jpg

Alors, qui sont les voyous ? Ceux qui sont contraints et forcés de résister, par la force parfois, ou ceux dont la stratégie financière et la tactique du fait accompli (absence d’information du CE et annonce abrupte des fermetures d’usines) font appel aux « Jaunes » et aux nervis ?

Alors, qui sont les voyous ? Ceux qui revendiquent la viabilité de productions en France, bien sûr à condition de modifier le mode de gestion libérale en vigueur, qui proposent des solutions de développement ou de reconversion des entreprises ; ou ceux qui, par décision de pure rentabilité financière, les yeux fixés sur le « taux de profit », commettent de véritables crimes économiques, sans parler des drames sociaux qui en découlent ?

« Crimes » : le mot est lâché mais le Gouvernement, à tout le moins, ne serait-il pas en droit, voire en devoir de ramener les patrons à la raison (on ne peut plus guère demander aux Socialistes de hurler contre le MEDEF depuis qu’ils partagent la même table à Davos ou au Cercle !) ?

Au lieu de cela, ce sont les salariés et leurs syndicats qui sont accusés : « destruction de l’outil de production », « entrave à la liberté du travail »,……

  • Que le Gouvernement ne légifère-t-il pas pour déclarer les licenciements boursiers constitutifs de délits ?
  • Que n’abroge-t-il pas la mesure de Sarkozy qui criminalise l’action syndicale ?
  • Que ne demande-t-il pas à Renault et PSA de rembourser les millions d’argent public perçus il y a trois ans pour sauver les emplois ?Luttes-Goodyear___Patrons_Voyous__.bmp

Devinette. Qui a écrit et où : « Je favoriserai la production et l’emploi en France en orientant les financements, les aides publiques et les allégements fiscaux vers les entreprises qui investiront sur notre territoire, qui y localiseront leurs activités et qui seront offensives à l’exportation. À cet effet, je modulerai la fiscalité locale des entreprises en fonction des investissements réalisés. En parallèle, j’engagerai avec les grandes entreprises françaises un mouvement de relocalisation de leurs usines dans le cadre d’un contrat spécifique. J’instaurerai, pour les entreprises qui se délocalisent, un remboursement des aides publiques reçues. Une distinction sera faite entre les bénéfices réinvestis et ceux distribués aux actionnaires »

C'est le candidat François Hollande, à la mesure 3 de ses « 60 engagements pour la France » ! Qu’il en parle au Président Hollande François !