À la suite d’un 13 novembre incitant à l’épanchement émotionnel, au débordement lacrymal & donc, finalement, donnant la priorité à l’émoi sentimentaliste sur le recours à la raison, ce 6 décembre marque, comme le dit l’universitaire Cécile Alduy, « la défaite de la pensée » : « Quand le FN atteint presque 30 % des voix & que les Français placent en tête du podium Marine Le Pen & sa hantise de "l’immigration microbienne", Sophie Montel (candidate FN en Bourgogne) qui défend "l’évidente inégalité des races" et Marion Maréchal (Nous Voilà !) qui juge que "les musulmans ne peuvent pas avoir le même rang que la religion catholique" (sic !), il y a un grand perdant, la pensée »

Le discours nationaliste, raciste, sécuritaire & identitaire du F-Haine et la montée d’une extrême-Droite ne sont pourtant pas nouveaux en France quand on relit l’histoire : à la fin du 19ème siècle, ce fut le boulangisme (du général Boulanger) et l’ affaire Dreyfus avec sa vague antisémite ; dans les années 1930, les Croix-de-Feu (anciens combattants de la Grande Guerre) du général (encore un !) De La Roque et l’ Action Française de Maurras, mélange nauséabond de monarchisme d’antisémitisme ; dans les années 1950, le poujadisme (de Robert Poujade) des petits commerçants qui rejoignait les tenants de l’Algérie française, ce qui allait amener l’arrivée de De Gaulle au pouvoir avec le « coup d’Etat » du 13 juin 1958.

Donc, non la France, « fille aînée » de la Démocratie & des Droits de l’Homme n’en est pas à son coup d’essai en matière de Droite extrême. Pour autant, la nouveauté, phénomène d’autant plus inquiétant, c’est le renversement de l’échelle sociale qui soutient cette vague brune.

De généraux en retraite, issus des meilleures familles ou de monarchistes plus ou moins héritiers de l’aristocratie, en catholiques intégristes qui se retrouvent à l’église sur les mêmes bancs que la bourgeoisie & de la noblesse, l’extrême-Droite militante était avant tout marquée par sa différenciation de classe, au sommet de la hiérarchie sociale. « La Manif’ pour Tous » en est le dernier avatar.

Mais jamais auparavant, l’extrême-Droite politique n’avait eu ce soutien massif des classes populaires : c’est dire le désarroi de ces dernières, tombant toutes cuites dans la marmite du "prêt-à-penser" du FN, mélange de libéralisme et d’étatisme, faux discours populaire qui rassure le patronat.

Comment en est-on arrivé là ? Plutôt, comment ne pouvait-on pas, à l’évidence, ne pas en arriver là ?

Les premiers sondages réalisés dès la sortie des urnes ou le lendemain du scrutin sont accablants sur la sociologie des votes : plus on est jeune, plus le niveau scolaire est faible, moins on accède au marché du travail et plus on a propension à voter FN. Les « vieux » accusés d’apporter leur voix à la tribu Le Pen, ne l’ont fait que pour 20 % d’en eux contre 35 % des jeunes (18-24 ans), sachant que 70% n’ont pas voté !

Jeunes_2.jpgL’analyse est vite conduite ! Nos jeunes : soit ils s’abstiennent, soit ils votent FN ! . la raison en est bien évidemment économique & sociale.

L’on peut avancer une autre raison, d'ordre idéologique : la fin de l’histoire ........ à l’école : les cours de gestion & autres matières "utiles" ont remplacé les enseignements des disciplines où l’intellect est sollicité. Quoi de plus normal, Bourdieu & Braudel dérangent davantage que les experts ès-sciences économiques ou en finances publiques ! Le collège de France & la rue d’Ulm devront-ils fermer leurs portes au profit de Dauphine & de l’ENA ?

En tout état de cause, à quelques jours du second tour des Régionales, l’urgence est de barrer la route au FN, dont les équipes élues aux Municipales de 2014 ont déjà démontré tout leur "savoir-faire" en termes d’inégalités, de xénophobie, de décisions "à la gueule du client", de mesures anti-démocratiques, quand ce ne sont pas carrément des magouilles qui les ont déjà rattrapés & mis dans le collimateur de la justice !

Dans un second temps, c’est-à-dire rapidement, il convient de s’interroger sur les moyens de contrecarrer ce parti car, désormais, elle existe bel & bien la "lepénisation des esprits". Et le combat ne fait que commencer.