Tsipras.1.jpgSauf que fort d'un large soutien citoyen, Alexis Tsipras ne saurait plus être considéré comme un vulgaire gauchiste ou opportuniste. Désormais, la balle est dans le camp des eurocrates et autres défenseurs de l'austérité qui entendent poursuivre leur œuvre de destruction massive au détriment & contre l'avis des peuples !

N'en déplaise aux donneurs de leçons ès-démocratie, cette victoire du « NON » assure une nouvelle légitimité à Alexis Tsipras, supérieure à celle acquise lors des Législatives de janvier dernier. Le Premier Ministre grec se voit ainsi assuré d'un « pouvoir de négociation renforcé » avant une nouvelle réunion de l’Eurogroupe.

Gr_ce.R_f.NON.3.jpgMais d'abord, revenons sur la question posée aux électeurs grecs  :

« Faut-il accepter le plan d’accord soumis par la Commission européenne, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) lors de l’Eurogroupe du 25 juin, qui est composé de deux parties : “Réformes pour l’achèvement du programme en cours et au-delà”, et “Analyse préliminaire de la soutenabilité de la dette” ? »

Cet accord comportait de nouvelles mesures d’austérité, érigées comme conditions sine qua non pourle déblocage d’une nouvelle aide financière à Athènes :

  • une réforme fiscale, avec notamment une « simplification majeure » de la TVA, jugée « très fragmentée » : ce qui signifiait l'augmentation de cette taxe sur des produits de première nécessité !
  • une nouvelle réforme des retraites, avec un âge légal de départ à la retraite fixé à 67 ans, ou à 62 ans pour celles et ceux ayant quarante années de cotisation : même 'réforme' que celle de Hollande chez nous !
  • l’augmentation des cotisations de santé pour les retraités et le gel des pensions au moins jusqu’en 2021 : compte-tenu des chiffres actuels sur la pauvreté des retraités, ….....
  • un renforcement de la lutte contre la fraude fiscale et la contrebande de carburant : des promesses, toujours des promesses, ......et encore, contre qui, le petit délinquant ou l'armateur qui planque ses fonds en Suisse ?

Il semblerait que le gouvernement ait d’abord refusé ces mesures et ait ensuite annoncé le référendum pour en prendre le contre-pied ; il en aurait finalement accepter la majorité dans une lettre d’Alexis Tsipras le 1er juillet.



QUELLES CONSÉQUENCES ?

Le gouvernement de Syriza entend bien faire de ce « NON » un moyen de renforcer « le pouvoir de négociation » d’Athènes vis-à-vis des créanciers et de conclure « un meilleur accord » avec eux dans « le cadre de la zone euro ».

« Personne ne peut ignorer la détermination d’un peuple à prendre son destin entre ses mains », a réaffirmé Alexis Tsipras.

En effet, alors que depuis 25 ans, l'Europe s'affirme, sur le continent comme en dehors, le chantre du respect de la volonté des peuples à décider de leur destin, comment pourrait-elle remettre en cause le choix des Grecs ? Il faut dire que c'est la première fois qu'un vote populaire, malgré la campagne médiatique contre la souveraineté d'un peuple, va à l'encontre des intentions européennes (rappelez-vous le déchaînement contre les velléités indépendantistes en Écosse & en Catalogne, sans parler des « mauvais Français » de 2005 !)

Et les zélateurs de l'Europe (ceux que de Gaulle dénonçait comme sautant comme des cabris en hurlant : »L'Europe, l'Europe ») craignent que les Grecs fassent trembler le sacro-saint euro  mais, Messieurs, la perfide Albion (la Grande-Bretagne) fait bien partie de l'Europe tout en refusant depuis 2001, d'utiliser ce sésame qui ne s'en porte pas plus mal !

En cas de sortie de leur pays de la zone euro, que se passerait-il pour les Grecs ? Cela favoriserait les exportations, certes (rendues plus compétitives par une monnaie dévaluée), même si celles-ci pèsent peu dans la balance commerciale par rapport aux importations), mais, dixit Natixis, « l’arrêt du remboursement des intérêts de la dette apporterait une bouffée d’air à l’ensemble de l’économie hellène ». CQFD.




CHANTAGE AU POUVOIR

Yannis Varoufakis, l'emblématique ministre de l'Économie du gouvernement Syriza était la bête noire de Bruxelles : l'Eurogroupe a obtenu sa tête.

Gr_ce.Varouflakis.jpgDès le début de la prise de pouvoir de Syriza, son style nonchalant tranchait avec le costard-cravate de rigueur à Bruxelles & Francfort (du genre enterrement de première classe !). Mais c'est surtout son attitude inflexible sur la question de l'austérité qui dérangeait les donneurs de leçons ès-économie, d'autant qu'il est reconnu en tant qu'économiste de qualité.

Dès sa nomination, Varoufakis est chargé par Tsipras d'une mission claire : plaider pour une rupture radicale avec la politique d’austérité. Et de se heurter immédiatement aux tenants des dogmes européens, notamment le ministre allemand Schäuble pour qui « les règles ont un caractère divin », notamment en ce qui concerne la dette : Varouflakis aurait pu utilement lui rappeler l'effacement, en 1953, de la dette allemande , notamment la partie concernant les réparations de guerre !



ALORS, QUOI ?!

La balle est dans le camp des instances européennes : poursuivre dans leur logique libérale & la fuite en avant austéritaire ou entendre enfin les revendication du gouvernement & du peuple grecs !

Certes, céder devant Tsipras constituerait un grave précédent de nature à faire boule de neige parmi les peuples européens. Pour autant, l'Europe y gagnerait en crédibilité car comment, et au nom de quoi, désormais justifier la remise en cause d'un vote ultra-majoritaire ?

Le vote des Grecs est un encouragement pour les progressistes, démocrates et républicains honnêtes qui, en Europe, ne se résolvent pas au discours des Macron, Valls & autres Junker.

Discours bien huilé, relayé par les médias aux ordres & les "chiens de garde" zélés, selon lequel il nous faudrait accepter une austérité qui épargnerait ceux qui la provoquent, spéculateurs, délinquants financiers & fraudeurs, tous ceux qui se trouvent du côté du manche alors que « la France (ou la Grèce, l'Allemagne, l'Espagne, …) qui se lève tôt »  ne serait bonne, en tant que variable d'ajustement, qu'à faire augmenter le taux de profit !

Face à Bruxelles, Luxembourg & Francfort (utiles figures de style pour dénommer les eurocrates), NOUS SOMMES BIEN TOUS DES GRECS !