C‘est pourquoi il est nécessaire et urgent d’effectuer le parallèle objectif avec un autre pays, où racisme, ségrégation, emprisonnement et répression sont érigés en système politique, avec ses valeurs, ses lois & ses moyens coercitifs, qu’ils soient économiques, financiers, législatifs, policiers ou militaires : ce pays, cet Etat, c’est Israël.



I-QUAND LE DIRIGEANT NOIR RENCONTRAIT LE LEADER PALESTINIEN

Quel lien avec Mandela ? Jacques Derrida, philosophe disparu en 2004 (voir article « Mandela is alive ! » du 02/01/14), avait rencontré Mandela en 1999. Une heure avant de discourir avec Derrida de philosophie française, dont il était féru, Mandela avait reçu …Yasser Arafat !

La Palestine était le combat internationaliste de Mandela Président. Relisons-le : « Les Palestiniens ne luttent pas pour un Etat (même si aujourd’hui la sortie par le haut de ce conflit qui date de 1948 repose sur l’existence d’un véritable Etat palestinien & sa reconnaissance par les autres pays, notamment la France, ndlr), mais pour la liberté, la libération et l’égalité ; exactement comme nous avons lutté pour la liberté en Afrique du Sud » et aussi « Nous savons bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens »



II-QUAND ISRAËL RAPPELLE UN PEU TROP L'AFRIQUE DU SUD DE L'APARTHEID

Le Tribunal Russell sur la Palestine (constitué de personnalités, citoyens & associations) a conclu en 2011à l’existence d’un régime d’Apartheid en Israël au regard de sa définition par le droit international (je renvoie aussi au petit livre "Apartheid & Israël", de Derek Cohen, juif sud-africain, professeur de littérature, qui a lutté contre l’Apartheid et a découvert la politique ségrégationniste israélienne).

Ainsi, au regard de 3 critères, Israël est la nouvelle Afrique du Sud : Palestine_-_destruction_maison.jpg

1-L’existence de groupes humains distincts & clairement identifiés, à la fois dans la réalité socio-démographique mais aussi dans le champ socio-politique, avec la domination d’un groupe sur l’autre, non pas numériquement, mais au plan économique, social, sociétal (nombreux interdits touchant la population palestinienne : ainsi, aucune famille « arabe israélienne », c’est-à-dire palestinienne, ne se voit accorder de permis de construire en Israël)

2-La preuve d’actes inhumains à l’encontre du groupe dominé : blocus économique & humanitaire (Gaza) ; destructions d’habitations et réquisition, vols plutôt, des maisons (colonisation de Jérusalem-Est, quartier palestinien) ; interdiction de circuler librement (check-points) ; attaques contre les civils en Cisjordanie, territoire palestinien ; construction de murs de séparation (séparant familles, terres et interdisant les déplacements) ; villes & villages en territoire israélien (donc devant être gérés par Israël) laissés à l’abandon (sans eau, ni électricité, sans dispositif de récupération des eaux usées, sans poubelles !; ….)

3-Ces actes sont commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé de domination & de répression d’un groupe sur l’autre grâce à un tout arsenal législatif et réglementaire : statut privilégié des juifs ; check-points contrôlés uniquement par l’armée israélienne ; territoires sous tutelle israélienne ; existence de plusieurs cadres juridiques en Cisjordanie, notamment au regard des pouvoirs administratif, policier et militaire (les 3 zones A, B & C) ; légalisation, au mépris du droit international & des résolutions de l’ONU, des colonies en Cisjordanie, …

J’en ajouterais un quatrième, qu’une instance internationale comme le Tribunal Russell ou des associations de défense des Droits de l’Homme ne peuvent guère invoquer s’agissant d’Israël, donc des Juifs, au regard de l’Holocauste (ou Shoah) : celui de l’idéologie qui sous-tend un système répressif, lorsque, dans le cas d’Israël, elle fait appel à l’histoire, tant de la région que du peuple juif, et à la religion. Cette idéologie, c’est le sionisme, comme l’appellent aussi bien ses adversaires & détracteurs que ses promoteurs & zélateurs.

D’ailleurs, cette politique & cette idéologie ont un nom en hébreu, « hafrada » qui signifie « séparation » : c’est justement, aussi, la traduction du terme afrikaans « apartheid » !



III- QUAND LA POLITIQUE ETRANGERE OCCIDENTALE ENVERS ISRAËL RAPPELLE ETRANGEMENT CELLE A L'EGARD DE L'AFRIQUE DU SUD

Si Mandela a eu l’honneur de voir s’ouvrir une nouvelle ère en Afrique du Sud, malgré tous les problèmes qui demeurent, et de présider, au sens propre, à ce destin, Yasser Arafat, lui, n’a pas eu cette chance : s’il n’avait pas dû être hospitalisé en France, il serait mort dans son pauvre costume de Président de l’Autorité palestinienne, dans son palais de la Moukkata en ruine, sans eau, ni électricité, cerné par les chars israéliens !

Donc, il reste peu de Mandela, notamment en Afrique : les Ben Bella, Ben Barka, Lumumba, Compaoré… ont été liquidés avant qu’ils ne soient trop populaires chez eux et à l’extérieur de leur pays, donc alors qu’il était encore possible de se débarrasser d’eux. Même inconnu du grand public européen et américain, Mandela était une épine dans le pied des dirigeants de l’Apartheid car il avait su construire, avant d’être jeté en prison, une alliance fondatrice entre les trois organisations qui ont lutté conjointement, l’ANC, le Parti communiste sud-africain et la COSATU (principal syndicat)

Dans les années 80, la politique de plus en plus répressive entraîne des sanctions économiques et politiques internationales qui isolent le pays en dépit de l'abrogation de lois symboliques de l'apartheid comme le passeport intérieur. Seul l'État d'Israël continue d'avoir des relations discrètes et collabore avec le pouvoir de Prétoria au point de vue militaire et sécuritaire (échanges de technologies, contrats de fabrication d'armement, coopération en matière de sécurité intérieure et d'espionnage).

Quant à nos dirigeants des pays occidentaux, hier, il ne fallait pas fâcher l’Afrique du Sud, ex-colonie britannique, en raison de son sous-sol riche en minéraux & métaux précieux; aujourd’hui, il ne faut surtout ne pas déplaire à Israël, citadelle occidentale au milieu des Arabo-Musulmans, « la seule démocratie » au Proche-Orient !

Ah bon, alors, comment nomme-t-on un Etat :

  • qui organise des raids aériens vers un autre Etat (bombardement du siège de l’OLP à Tunis où elle avait trouvé refuge dans les années 80)
  • qui enlève, en pleine rue & au grand jour, à l’ « étranger » un parlementaire (enlèvement de Marwan Barghouti en Cisjordanie, donc territoire palestinien depuis les accords d’Oslo en 1993)
  • qui, en situation d’occupation militaire d’un pays étranger, y fait la pluie mais pas le beau temps, notamment en y amenant ses propres ressortissants (contrôle militaire des territoires de Cisjordanie et construction de colonies ayant tout le confort moderne quand la Palestine se voit même accaparée ses ressources économiques & fiscales) ? Palestine_-_Soldat_isr._v._M_re___enfants.jpg

Ce n’est pas une démocratie, n’en déplaise à ceux qui estiment que pouvoir s’exprimer et voter en est le paradigme ! Au mieux, c’est un Etat colonial, avec accaparement des richesses du pays soumis ! Au pire, c’est un Etat terroriste, qui fait de la violence son mode de gouvernement des crises et surtout son credo pour négocier sans rien céder !

Au fait, pour terminer, Ariel Sharon, ancien Premier Ministre, mais surtout ancien général dont les Palestiniens ont en mémoire le zèle répressif, est mort après un coma de dix ans ! Comme pour Maggie Thatcher, on ne va pas le pleurer ! Au moins, en Palestine, ils ont eu une occasion d’être (un peu) joyeux ! Palestine_Drapeau_4.jpg