L'Egypte, est un Etat sous perfusion : sans l'aide américaine, elle connaîtrait une crise encore plus profonde que celle qui met les Cairiotes dans la rue, les Etats-Unis en faisant leur sentinelle du Moyen-Orient

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Et l'on sait qu'encore récemment, des brigades anti-émeutes tunisiennes sont venues se former en France, et que des instructeurs français ont dispensé des leçons aux forces de répression égyptiennes sur ce qu'on nomme pudiquement "la gestion des foules".

Ainsi, nos « amis », reçus en grande pompe à l’Elysée, sont ces dirigeants au pouvoir depuis plus de trente ans, sans avoir jamais été élus, ou alors avec des scores à la Ceaucescu qui laissent douter de la sincérité des élections : tel est le cas de Ben Ali (Tunisie), Moubarak (Egypte), Khadafi (Lybie), Mohamed VI (Maroc ) et Bouteflika (Algérie)

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Certes, au Maroc, après le long règne de « notre ami le roi » Hassan II, grand tyran devant l’Eternel, son fils a voulu ouvrir une ère nouvelle, avec élection d’un parlement & une certaine liberté de la presse.

Mais que veulent donc les « rebelles » de Tunis et du Caire : ils revendiquent de véritables changements politiques & économiques, ces manifestants nous expliquant dans un français impeccable (attestant un haut niveau d’étude, donc d’enseignement) qu'ils en ont assez, non pas tant de ne pas pouvoir voter, que de ne pouvoir s'exprimer et surtout de se débarrasser d'un pouvoir qui règne par l'autoritarisme et la corruption. Ces révoltes n’ont donc rien à voir avec des émeutes de la faim : ce sont les étudiants, les jeunes diplômés ainsi que les classes moyennes qui sont descendus dans la rue, pour protester contre le chômage et la vie chère certes, mais pour clamer leur volonté de voir instauré un réel Etat de droit..

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Pour autant, ne tombons pas dans l’occidentalo-centrisme, ne voyons pas dans les manifestants de la révolution de jasmin (Tunisie) et de la place Tahrir (Egypte) des émules de la révolution de velours (Tchécoslovaquie) ou de Solidarnosc (Pologne), qui, il y a vingt ans, faisaient chuter le mur de Berlin pour accéder au paradis de l'ouest : démocratie et prospérité !

Si le couple vertueux démocratie-économie libérale fonctionnait partout et toujours, cela se saurait, y compris au Maghreb : si des élections ont eut lieu au Maroc en 2002 et 2007, ce pays est celui qui possède le plus fort taux de pauvreté d’Afrique du Nord et qui, depuis 1976, colonise le Sahara occidental. A l’inverse, la Tunisie, dès son indépendance en 1956, la Lybie plus tard, ont su donner à leur peuple respectif des moyens d’émancipation : statut des femmes, santé, éducation.

C’est l’éternel conflit de « La Jungle et le Zoo » comme chantait Jean Ferrat : manger à sa faim sans pouvoir voter ou voter le ventre vide ?

J’ajouterai : ne pas pouvoir voter en ayant conscience de cette non-liberté en raison de l’éducation reçue ou aller voter sans savoir ce que cela signifie, occupé à chercher chaque jour sa pitance ?

Je me garderai bien de donner des leçons aux peuples du Maghreb, et à ceux des pays du Tiers-Monde plus largement.

C’est à eux d’inventer leur voie vers le régime qu’ils choisiront : chez nous, cela a pris deux siècles, avec des avancées et des reculs, des guerres civiles et des crises, mais surtout personne n’est venu nous dire ce que nous devions faire.